Mélijournal
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So long, and thanks for all the croustade.

lundi, mars 28
Nouveau : le Mélisite !
A pu de blog ? Mais si ! Sauf qu'il est maintenant avec plein d'autres trucs parfaitement dispensables sur
www.melisite.net. Merci Ticoeur !

posted by M�lissa 21:57
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mardi, février 22
Deux mois. Ca leur a pris deux mois.

Je reçois tous les jours la newsletter de l'Internaute. C'est pas moi qui m'y suis abonnée, mais la personne que je remplace. Cela consiste en un gloubi-boulga d'images et de textes avec de l'actualité, des recettes de cuisine, des fonds d'écran de plages paradisiaques pour faire baver les pauvres employés vissés sur leur chaise (qui vont ensuite pianoter frénétiquement sur promonavion.conne pour voir les prix d'un A/R Fort de France), des infos touristiques sur des chambres d'hôte de charme et autres escapades romantiques à Bourg-en-Bresse, des astuces pour nettoyer le clavier de l'ordinateur, des comparatifs de prix sur le sauciers et les friteuses, des offres pour calculer son poids idéal (logique implacable) : bref, c'est de la fast-info, des informations courtes, colorées, juxtaposées sans hiérarchie ni classement, vite consommées et vite oubliées.
Et aujourd'hui, la newsletter du jour annonce : "(re)Découvrez les plus beaux diaporamas de L'Internaute ". Je m'apprête à foutre le truc à la poubelle quand je vois la liste des diaporamas du thème Espace : Vue de Mir, Tsunami, Planète Mars, Sur la Lune, Terre.
Je retiens soudain mon souffle quelques secondes. Je relis les sous-titres. Je lis le chapeau : "L'Internet (et L'Internaute), c'est aussi beaucoup de photos. Grands reportages ou tableaux d'artistes, nature ou automobile, photos prises de la station Mir ou du coin de la rue, voici 50 diaporamas pour surfer en images."

Deux mois. Ca leur a pris deux mois pour nous envoyer une newsletter avec des photos pour "surfer sur les images" du tsunami, entre deux diaporamas sur Mars et la station Mir. Les milliers de vies brisées là-bas sont réduites ici aux images sur ordinateur d'un phénomène climatique pittoresque, si joli vu de haut (entre Mars et la station Mir), que les employés vissés sur leurs chaises regardent pour se distraire. Mais vite fait : il y a une recette de gratin au fromage qui a l'air intéressante, aussi.


posted by M�lissa 06:06
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samedi, janvier 22
Le navet de la semaine

C'est le film américain Closer, rebaptisé de manière putassière "Entre adultes consentants" en français, histoire d'attirer la foule avide de trucs sexuels sur grands écrans, qui remporte avec une grande aisance la palme du navet du moment.

Dès le début, c'est ridicule. Natalie Portman, cheveux rouges et vaguement vêtue d'une jupe ras-la-touffe , se balade au ralenti dans la foule. Elle fait ça très bien, avec un petit sourire qui se veut mystérieux et ses seins qui partent dans tous les sens (les soutiens-gorges, c'est pour les mémères, alors qu'elle est libre, free tu vois). Jude Law, l'air vaguement dépenaillé dans un imper marronnasse, la remarque de loin (forcément, elle marche au ralenti, elle a des cheveux rouges et pas de soutif). Quant au spectateur, c'est la suite des événements qu'il voit arriver de loin. Toute à zieuter Jude en roulant de l'arrière-train, Natalie se fait renverser par un taxi : elle s'est tournée du mauvais côté avant de traverser, or l'action (pour autant qu'il y ait de l'action dans ce film) se déroule à Londres. Jude est consterné ("Merde, j'allais la brancher et voilà qu'elle se fait écrabouiller!") Mais heureusement (enfin pour lui, et malheureusement pour le spectateur qui s'emmerde déjà et qui en a encore pour 1H60), elle est juste un peu dans les vapes et la scène suivante se déroule à l'hosto. Jude apporte un café à Natalie, lui étend sa jambe sur le fauteuil, elle fouille dans sa sacoche, découvre qu'il mange des sandwiches au pain de mie dont il enlève la croûte, ce qu'elle trouve attendrissant, bref, ils flirtent outrageusement. La donzelle pansée, ils partent ensuite se promener dans un parc où des stèles de pierre rappellent la mémoire de gens qui ont fait des actes héroïques (ce détail a son importance), ça rappelle son enfance à Jude, bref, on s'en fout. Finalement Natalie l'accompagne à son travail : il s'occupe de la rubrique nécrologique d'un journal (charmant) en attendant de devenir un auteur célèbre (bref, c'est un artiste raté : cours, Natalie, cours ! C'est les pires ! ) Mais bien sûr Natalie reste à le regarder avec des yeux de merlan frit (c'est Jude Law quand même, merde), lui demande s'il a une copine, il dit non puis oui, elle lui dit son nom et s'en va.

La scène suivante, Jude est assis sur un tabouret dans un grand loft lumineux. Julia Roberts le prend en photo. Ils parlent du livre qu'il vient d'écrire. Leurs regards sont lourds de sous-entendus (un peu comme les dialogues, qui sont lourds tout court, la VF catastrophique n'arrangeant rien). N'y tenant plus, Jude demande à Julia de s'approcher. Elle le fixe, hésite, puis s'avance. Lui aussi. Pendant de (très) longues secondes, leurs bouches sont à quelques millimètres l'une de l'autre. Dans ce moment censément paroxystique d'érotisme, le spectateur n'a qu'une envie : qu'il lui roule une bonne galoche de derrière les fagots et qu'on passe à la suite, pffff ! C'est ce qui finit par arriver, et Julia, toute bouleversifiée, lui demande s'il est maqué. Ouais, avec Alice, répond-il (c'est Natalie). Julia est verte. Jude prend un air super intense (du coup on a l'impression qu'il a un gros problème de constipation). Il faut qu'il la revoie. Elle ne veut pas (rapport au fait qu'il est maqué, qu'est ce que ça peut faire comme histoires ces gonzesses!). A ce moment paroxystique d'émotions à fleur de peau, Natalie sonne à la porte. Damned ! Jude se rhabille un poil (Julia lui avait tout sorti sa chemise de son pantalon, quelle coquine). Natalie s'amène. Maintenant elle est brune avec les cheveux au carré. Elle s'en va aux toilettes (comprenne qui pourra) et Jude recommence à supplier Julia qui prend un air emmerdé. Natalie revient et demande que Julia la prenne en photo (au stade où on en est, elle lui demanderait de lui préparer une omelette au fromage qui ça ne nous surprendrait pas plus que ça). Jude s'en va. Les deux femmes restent seules et papotent en se regardant bizarrement. Vont-elles tomber amoureuses et se rouler à leur tour des pelles passionnées? Que nenni. En fait Natalie est jalouse : elle a entendu Jude quand elle était aux toilettes (et qu'il suppliait Julia). Argh ! Julia lui dit qu'elle n'est pas une voleuse. Natalie pleure. Julia la prend en photo. Fin de la scène.

Un médecin fait de l'Internet dans un petit bureau de l'hôpital où il travaille. Brun, yeux bleus, assez massif, mal rasé : cuissssss. Il chate sur un site de rencontres. Jude, allongé sur son lit en fumant négligemment, surfe sur le même site. Il allume grave le toubib et déclare s'appeler Anna (le nom de Julia dans le film). S'ensuit un échange de fantasmes sexo-drôlatique avec des histoires de TT, bouches partout qui m'empêchent de jouir (fantasme du médecin), et autres tripotages virtuels. Finalement, Anna-Jude donne RV au médecin à l'Aquarium de Londres avec plan hôtel à la clé. Grave émoustillé, il accepte. Il s'amène donc le lendemain avec sa blouse (c'est comme ça qu'Anna-Jude est censée le reconnaître). Comme de bien entendu (comme dirait Georges Van Parys), Anna-Julia est assise devant un des aquariums et mate des gros mérous (on s'occupe comme on peut). Le toubib la zyeute un moment puis s'approche et demande : "Anna?" "Ouiii?" répond-elle avec un petit air angélique. Il sourit largement (à la plus grande joie des spectatrices, vu qu'il est grave canon, dommage qu'il se compromette sur des sites cochons). S'ensuit un quiproquo à caractère burlesque. "C'est toi Anna, mais t'es grave bonne putain, quand est-ce qu'on va à l'hôtel", déclare le brun incendiaire. De manière totalement invraisemblable (mais on aura compris que ce n'est pas vraiment le souci du réalisateur), Anna ne lui dit pas "Caisse tu me causes gros lourd va baver ailleurs" mais "Ah oui je comprends comme le livre de Dan (c'est Jude) s'appelle l'Aquarium et qu'il est amoureux de moi (là à mon avis elle s'emballe, il vaut juste la sauter, ce que les filles sont naïves), il a dû se faire passer pour moi, aller sur un site de cul et donner RV à un pervers ici en se disant que si ça se trouve j'y serais." Mais bien sûr. Pourquoi n'y ai-je pas pensé tout de suite. Vous me mettrez deux kilos de ce que fume le scénariste. Bref. Le médecin (il s'appelle Larry) s'excuse puis fait un rentre-dedans outrageant à Julia. Comme en plus d'avoir de beaux yeux et un killing smile, il est sûr de lui et drôle, elle est séduite.

La scène suivante (hein quoi qui ah pardon je m'étais endormie), Jude-Dan et Natalie-Alice assistent à l'expo photo d'Anna. Les relations croisées et troubles sont à leur comble : Larry tient le crachoir à Natalie qui observe mélancoliquement la photo que Julia a faite d'elle alors qu'elle chialait parce qu'elle savait que Jude craquait pour Julia. Il (Larry) lui caresse le visage (de Natalie) d'un air fasciné tout en déclarant qu'il est avec Julia depuis 4 mois. Pendant ce temps, cette dernière est en grande discussion avec Jude, à qui elle révèle que c'est grâce à lui qu'elle a rencontré Larry. À ce stade, George W.Bush entrerait dans la pièce, roulerait une pelle mémorable à Jude et repartirait en criant "Je vais tous les niquer ces connards d'Iraniens" que ça n'étonnerait personne tant l'intrigue est invraisemblable. Toujours est-il qu'imperturbable, le film continue. Jude renvoie Natalie chez eux en tacot, alpague Julia et la drague avec des yeux suppliants sous le regard jaloux de Larry. Julia prend l'air emmerdé, arsouille du Moet et Chandon, balance une vacherie à Larry avant de lui faire un gros câlin. Une gonzesse, quoi.

La scène suivante (zzzzzzz), Jude annonce à Natalie qu'il la plaque parce qu'il est amoureux de Julia et qu'il la trompe depuis un an (avec ladite Julia). Natalie est anéantie, chiale tout ce qu'elle peut avec un consternant manque de dignité, rampe à ses pieds, lui supplie de préparer un thé avant de disparaître dans la nuit. Au même moment, Larry rentre d'un congrès de dermatos dans le luxueux duplex qu'il partage avec Julia, qui est devenue son épouse. Elle a l'air emmerdé mais il feint de ne pas le remarquer. Il lui propose de tirer un coup dans la cuisine mais elle déclare que non, elle vient de prendre un bain (moi j'aurais répondu ben justement, comme ça t'es propre mais bon). Puis elle lui déclare qu'il est merveilleux car il lui a ramené d'horribles escarpins pointus, il répond que ouais, t'as pas intérêt à l'oublier (il est un peu macho, j'adore). Puis il prend un bain (hélas, pas de scène de nu) et revient tout habillé. Julia le regarde : "Ben pourquoi tu t'es pas mis en peignoir?" Réponse : "Parce que je sens que ce soir tu vas me quitter alors je voulais pas vivre ça en kimono". Le drame se noue (Racine à côté, c'est du Laurent Ruquier). Là-dessus, notre viril dermato annonce qu'il a couché avec une pute à New-York et qu'il est désolé. Julia a l'air surpris (on la comprend), mais déclare que c'est pas grave. "Ben pourquoi?", demande Larry, dont la production intensive de testostérone semble inversement proportionnelle avec celle de neurones. Parce que je te trompe depuis un an avec Dan, répond sa chère et tendre. Alors là, Larry est très mécontent. Mais alors très. Il insulte, presque frappe, exige de connaître des détails scabreux sur le déroulé de leurs ébats (on apprend ainsi que son sexe n'a pas le même goût que celui de Jude, bon appétit). Finalement, Julia, agacée, se casse.

Larry fait ce qu'on fait dans ces cas-là : il se bourre la gueule. Epavesque, il se rend dans une boîte de strip-tease (c'est vraiment dommage que ce soit un pervers, ce type). Et là, sur qui il tombe? Natalie ! Il loue une pièce privée et s'ensuit une scène où les deux acteurs se donnent beaucoup de peine pour jouer le plus mal possible, aidés par les dialogues particulièrement ineptes. Il en ressort que Natalie sait faire le grand écart et que Larry va avoir très mal à la tête s'il continue à boire du champagne comme ça.

Ensuite (zzzz, grmpf je me tourne de côté, grmpf, zzzz), Jude attend Julia à l'opéra. Elle est à la bourre alors ils vont s'envoyer un godet en attendant l'entracte. Il lui demande comment s'est passé le rendez-vous avec Larry, qu'elle n'avait pas revu depuis 4 mois. Fatigant, répond-elle, mais il a signé les papiers du divorce. Aaaaaah !, se congratule le jeune couple. Je t'aime et je vais pisser, déclare Jude, qui joue un personnage particulièrement antipathique. Aux chiottes, il a une révélation. Il revient devant Julia qui s'enfile sa vodka-tonic d'un air emmerdé : t'as couché avec lui, accuse-t-il. Elle blêmit (déjà qu'elle a pas bonne mine, ça arrange rien). Flash-back : à midi, dans un restau chic avec vue panoramique sur Londres. Larry, torride de sensualité dans un costume particulièrement seyant, déclare à Julia avec des yeux brûlants : "Je déteste Londres. Je déteste ce restau. Je t'aime. Reviens moi." Au lieu de le violer sur la table, cette folle lui tend froidement le contrat de divorce : "Signe", dit-elle (on note que tous les deux ont des problèmes communicationnels qui sont peut-être à l'origine de l'échec de leur couple, mais bon). Là-dessus, Larry lui fait une proposition : il signera si elle accepte de faire l'amour une dernière fois. Comme elle se sent coupable, elle accepte (mais ça la dégoûte). La scène d'après, ils se rhabillent dans le cabinet de Larry. Elle lui tend le contrat. Il se marre. Elle se marre aussi. Ils paraissent complices soudainement… Retour au bar. Julia avoue. Jude est furax. "Mais pourquoi tu me l'as dit?" "Parce qu'on s'est juré de se dire la vérité !" " Ben des fois vaut mieux pas !" "Mais je t'aime !" Corneille à côté, c'est l'Ile de la tentation. "C'est pas toi qu'il a baisé, c'est moi ! Je vous imagine, complices… cette image m'obsède !", lâche Jude, qui est vraiment un chieur (j'avais bien dit que les artistes torturés c'est les pires).

Le dénouement est proche (heureusement car bêtement, j'ai oublié mon sac de couchage). Jude, larmoyant, se rend au cabinet de Larry, triomphant. Il est malheureux. Il a besoin d'Anna. Larry ricane. Elle m'a choisi moi. Il se fout de sa gueule. Il paraît que tu chiales la nuit en appelant ta mère (vraisemblable). Les deux ont davantage l'air de deux chiens se disputant un bout de viande plutôt que de deux amoureux soucieux du bien-être de leur aimée (ce qui est peut-être un regard lucide, et sûrement cynique, sur les relations amoureuses). Finalement Jude se casse en chialant, bon prince, Larry lui donne l'adresse de la boîte de strip où se trémousse Natalie (avec qui j'ai couché, ajoute-t-il cruellement au passage).

Larry et Anna sont dans le lit conjugal. Il s'est endormi sur son bouquin. Elle éteint la lumière doucement et reste allongée, les yeux ouverts. A quoi pense-t-elle? Est-elle heureuse finalement? Jude et Nathalie sont dans un motel. Elle est toujours amoureuse de lui (on se demande pourquoi). Lui veut absolument lui faire dire qu'elle a couché avec Larry. Elle s'énerve et finit par déclarer qu'elle ne l'aime plus. Il chiale. Le spectateur trépigne.

Londres. Jude se balade dans le square avec les stèles des gens qui ont fait des actes héroïques. Soudain, il voit le nom de Natalie dans le film (Alice quelque chose). Il réalise qu'elle lui a donc menti sur son nom, ce dont on se contrefout grave.

New-York. Natalie marche au ralenti dans la foule, les cheveux longs flottant dans le vent, les seins rebondissant dans tous les coins. Tous les homme se retournent sur son passage.

Conclusion :
1) la vie de couple c'est chiant, ton mec s'endort et tu restes les yeux ouverts en te disant que t'aurais dû rester avec l'autre (mais sans te dire que t'es chiante comme gonzesse)
2) Natalie Portman porte pas ou peu de soutien-gorge
3) Clive Owen est grave cuissssss
5) mais il va aux putes, ce salopard
6) Les amateurs de relations amoureuses vues sous un angle cynique liront ou reliront plutôt Les Liaisons dangereuses de Laclos (ou à la rigueur verront l'adaptation éponyme de Stephan Frears, celle de Milos Forman était nettement moins bien).


posted by M�lissa 01:02
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lundi, janvier 10
Paradoxes

Manger bio sous haute-tension

La vie est faite de paradoxes. Par exemple, le midi. Comme j'aime bien ce qui est naturel et tout ça, je me fais souvent co-voiturer par une collègue au centre commercial proche ou, entre deux entrepôts à fringues bon marché, se trouve un magasin d'alimentation biologique. Je fais mes petites courses pour le soir et le lendemain (plus, ça n'y contient pas dans mon sac à dos et ça fait lourd en vélo), et après je mange une galette-repas de pain essénien (selon une recette vieille de 2000 ans, dit l'étiquette. Comme quoi mon frère a tort de se foutre de moi en disant que je mange comme au Moyen-Age : non, comme dans l'Antiquité !). Là, je suis confrontée à un problème majeur : les centres commerciaux sont conçus pour les hommes-voitures. Les piétons n'ont rien à faire là-dedans (pas de passages cloutés, ambiance lapin terrifié en traversant les ronds-points). Pas un banc pour s'asseoir. En été je trouve toujours un bout d'herbe dans un terrain vaguement herbeux, mais en hiver l'humidité ambiante n'est guère compatible avec le tissu de mon pantalon en coton. Je choisis donc en général un petit bout de muret à proximité du gros rond-point, face au magasin bio dont je constate qu'il se trouve juste au-dessous d'une ligne à haute-tension. Citadine à la recherche d'un bout de nature, je me retrouve donc à boulotter ma galette bio sous des grosses lignes électriques qui font un gros bruit de BBBBZZZZ, dans les gaz d'échappement des voitures pressées qui font VVRRROUM. C'est assourdissant, ça pue, c'est offensant pour la vue (pylônes, routes, béton partout à l'horizon). Je soupire. Heureusement que c'est bon, le pain Essène.

Au nord, c'était le ski de fond

Du coup, le week-end, évidemment, je rêve de grands espaces. Mais comment m'y rendre sans polluer avec ma vieille diesel ? J'ai tenté le train, ce qui limite déjà la destination aux stations de ski (en même temps, en hiver, c'est plus prudent sachant que ma connaissance de la montagne se limite à : Oh ! C'est beau ! ). Samedi, me voilà donc égarée et mal réveillé dans le train de 8h50 qui m'emmène vers le plateau de Beille, le plus vaste domaine nordique (ski de fond et raquettes) des Pyrénées. Nous cheminons lentement (pause de 10 minutes régulières en gares, le conducteur doit être mal réveillé lui aussi) mais sûrement dans la campagne haute-garonnaise toute nimbée de gelée blanche. Nous arrivons ainsi laborieusement aux Cabannes (comme son nom ne l'indique pas, il s'agit d'un petit village ariégeois), où le bus ne nous attend pas : après palabres divers avec le chauffeur, il apparaît que la correspondance est merdique, que c'est pas sa faute mais celle du maire, de la SNCF et du directeur de la station, et qu'il part dans une heure j'ouvre le bus si vous voulez. Ah. Les trois personnes d'âge respectable qui montent comme moi à la station commencent à râler comme les vieux savent si bien le faire : non mais vous vous rendez compte, avant c'était mieux, mais c'est pas possible, mais ah la la (en fait ce sont les veilles qui râlent, le mari lui se tire au bistro : ça, ça ne change pas avec l'âge).

Je m'enfuis et pars gaiement à la découverte des Cabannes. Je m'égare sur un joli chemin tout givré, respirant à pleins poumons l'air glacial. Enfin, l'air pur, la montagne, l'Ariège avec un grand A ! Ma joie béate ne dure pas. Au bout de 15 minutes, j'ai froid, un chien me poursuit en aboyant et j'ai fait le tour du village (minuscule). Je fais donc comme tout bon Ariégeois dans ces cas là : je m'asseois sur un banc au soleil et je regarde autour ce qui se passe. Les pépés s'interpellent avec l'accent du pays, les mémés en équilibre précaire au guidon de leurs biclounes plus vieilles qu'elles s'avancent jusqu'à la boulangerie. Transie par leur froid, je ne tarde pas à les rejoindre pour m'acheter un bon gros croissant ventru. J'aime bien les croissants ariégeois : très peu beurrés, bien cuits, plein de pâte moelleuse (le meilleur étant celui de chez Soum, à Saint-Girons), le contraire du croissant parisien qui est gars et maigrichon. C'est sur ces considérations boulangères qu'une des vieilles râleuses, euh personnes chenues vient me trouver : la navette se tire sans moi (le chauffeur a troqué son gros bus contre une petite camionnette). Je me serre donc parmi les skis de fond et les plus de 65 ans, et roulez jeunesse ! Le minibus entame les 15 kilomètres de montée jusqu'au plateau.

Les temps changent

Il y a trois ans, j'effectuais pareillement une montée en station de ski dans un bus peuplé de jeunes snowboarders prépubères débordant de testostérone. Cette fois-ci, l'ambiance était toute autre avec les compagnons de la carte vermeille (qui prisent peu le ski alpin). Tandis que pépé devisait avec le chauffeur sur des thèmes techniques ("Et bé ça monteuh plus vite qu'avé le gros, é?"), les mamies passaient en revue tous les sujets de mécontentement qui leur venait à l'esprit (autant dire tout ce qui leur venait à l'esprit). Il ressortait de leur conversation à bâtons rompus que :
1) les jeunes d'aujourd'hui ne veulent plus travailler, ils ne sont pas motivés;
2) les filles ne sont pas conscientes de tous leurs avantages parce que du temps de leur mère j'aime autant vous dire que ça ne se passait pas comme ça;
3) en Ariège aujourd'hui il n'y a plus rien à faire pour les jeunes;
4) les nouveaux horaires de la navette sont débiles;
5) le maire, la SNCF et le directeur de la station sont des débiles;
6) le conseil général et tous les hommes politiques sont débiles.

C'est ça qui est bien avec les vieux : c'est qu'à côté d'eux, on se sent jeune (mais tellement las).

Enfin, le bus nous déversa sur le sol verglacé du magnifique plateau de Beille, tout drapé de neige étincelante sous un soleil rayonnant, parsemé de sapins et entouré de pics orgueilleux. Une merveille. Je me suis précipitée pour louer des raquettes, laissant une de mes vieilles qui râlait parce qu'il fallait payer la location et après m'être fait jeter d'une piste de fond (Ben quoi? C'est mal indiqué, ai-je râlé), je me suis enfin retrouvée enfin à raquetter d'un pied alerte.

Bien sûr, les montagnards se gausseront en pouffant et en me montrant du doigt : l'intérêt même de la raquette, c'est de pouvoir découvrir la montagne en douceur (pas dans le boucan des télésièges et des surfeurs qui crient "Yamasaki !!!" en manquant d'écrabouiller les débutants qui chassent-neigent péniblement sur les pistes vertes), sans la polluer avec des canons à neige, et de faire sa trace dans la neige vierge en observant les empreintes d'animaux. Là, sur les pistes balisées, ce sont de drôles d'animaux qu'on observe : couple raquettant en se tenant la main (mignon mais pas commode à mon avis), groupes de copains se charriant joyeusement, trio de filles dont le sujet de conversation est bien sûr : "Ah ça tu sais, des fois ils sont mûrs à 30 ans, des fois 40, ne peut pas prévoir…" (il ne s'agit pas d'un quelconque arbre fruitier mais des hommes bien sûr). Et puis il y a les fondeurs. Les pros, tout fins et moulés dans d'élégantes combis noires et fluo, doublent d'une cuisse musculeuse les mères de famille ahanant péniblement dans les rails. La plus longue piste de raquette faisant tout le tour du domaine, j'observe donc alternativement les débutants attendrissants qui se vautrent lamentablement dans les virages et le panorama somptueux qui se dévoile au fur et à mesure de ma progression. La pise finit par plonger dans une partie du domaine entièrement silencieuse, et je suis tirée de ma rêverie par une pensée soudaine : Zorglub ! La navette ! A force de glander (j'ai même piqué un roupillon au soleil sur un bout de rocher), je vais finir par la rater ! J'accélère maladroitement le pas (pas du tout commode d'avancer vite en raquettes), et je redescends rapidement, zip zip zip, vers la station.

Hélas, aucun vieux ne s'est égaré malencontreusement et tous sont bien au complet pour râler de nouveau sur le trajet du retour (ça fait une heure qu'ils attendent, avant la navette était plus tôt, ils vont devoir attendre le train une heure dans la gare pas chauffée des Cabannes, c'était mieux avant, c'est moins bien maintenant). Ils râlent tellement que le chauffeur sincèrement désolé finit par leur proposer de les amener à Tarascon, ou au moins la gare est chauffée. Du coup, j'en profite moi aussi. J'ai déjà remarqué avec ma mère et mon regretté grand-père que c'est très utile d'avoir un vieux râleur à côté de soi : les gens feraient n'importe quoi pour qu'ils s'arrêtent. Exemple de dialogue (dans le cas classique d'un resquillage de queue):
- Non mais parce que vous comprenez…
- Oui d'accord mais je…
- Non mais écoutez-moi : je vous dis que…
- Oui d'accord mais je…
- Non mais parce que ce n'est pas possible… vous le comprenez que ce n'est pas possible?
- Oui d'accord mais je…
- Non mais parce que vous comprenez, ce n'est pas possible…
- OUI OK JE LE COMPRENDS VIEILLE BIQUE VAS-Y PASSE DEVANT ET CASSE TOI !

Bref. Nous avons donc dû attendre la correspondance une heure, j'en ai profité pour faire un tour à Tarascon (jolie petite ville au bord de l'Ariège). J'ai acheté Ecotourisme magazine (le journal du voyage éthique et solidaire), et je m'apprêtais à le lire tranquillement en m'asseyant dans le train quand je vis à deux sièges en skai marron de moi une vieille connaissance : le groupe de jeunes snowboarders de retour de leur journée à traumatiser les skieurs innocents. Misère !

Que pouvais-je faire? Trop épuisée pour changer de place (tu parles ! c'est surtout que tu aimes ça, hein, les jeunes snowboarders? Hihi, oui j'avoue, ils sont trop marrants), je les ai observé d'un œil mi-clos (tel l'alligator guettant sa proie).

Ils étaient au nombre de 5, et faisaient bien sûr du bruit pour 10. L'un d'entre eux, particulièrement, répétait avec la drôle de voix des adolescents qui muent ce qui devait être une sorte de gimmick publicitaire, ou un code tribal particulièrement étrange : "Le meIlleur… sandwIch !" (avec une voix très aiguë sur les I). Puis ils échangeaient vannes et blagues variées ponctuées de vagues d'éclats de rire. La chose aurait été vite lassante si à Pamiers n'était monté une jeune donzelle à la longue chevelure blonde décolorée méchée de rouge qui s'installa incidemment un rang derrière eux. Le taux d'excitation dans l'air monta aussitôt de 120%. Il ne fallut que quelques minutes pour que celui qui semblait être le chef de la meute n'engage habilement la conversation : "Wah c'est trop cool tes dessins tu m'en ferais un pour mon snowboard ? " La jeune personne murmura des mots incompréhensibles à mon oreille, mais qui semblèrent suffisamment engageants au jeune testostéroneux pour poursuivre sa tentative de drague, de toute façon vouée à l'échec avec ses potes jaloux qui le charriaient et hurlaient de rire toutes les 5 minutes (raté pour l'intimité). Il ne manquait pourtant pas d'imagination : il suggéra ainsi qu'il cherchait une fille qui sache faire les couettes (il portait en effet deux petites couettes, ce qui conjugué à son visage bourgeonnant où se dressaient quelques timides attributs pileux lui donnait une apparence tout à fait curieuse). Pas de bol, elle mentit en déclarant qu'elle ne savait pas les faire. Il contre-attaqua avec un "Et comme musique, t'écoute quoi?" d'une rare originalité (mais qui ne tente rien n'a rien, et quand on est grand et qu'on parle fort, ça peut marcher.) Coup de bol, ils se découvrirent un goût commun pour un groupe au nom incompréhensible, dont il s'avéra qu'elle les connaissait personnellement, ce qui putain était délire les mecs et permit d'alimenter la conversation jusqu'à Portet-sur-Garonne. A un moment, le dragueur demanda : "Et t'as fait comment pour les connaître?" La fille, goguenarde, essayant de se mettre au diapason : "J'ai payé de ma personne." Stupéfaction des garçons. Le grand parleur resta sans voix de longues secondes : "Ah euh bon? Mais euh comment… et sinon euh il fait beau par la fenêtre?", sembla-t-il penser en rougissant, avant de relancer avec un décevant "Et sinon t'habites où?"
Le temps pressait, celui des tentatives désespérées : "Et c'est où ta fête? Non non c'est pas pour s'incruster c'est comme ça… une soirée crêpes? Sympa… et demain matin si tu veux on va faire du snowboard… ah, tu seras encore en train de dormir?"
Inexorablement, le train s'arrêta en gare Matabiau et la fille aux mèches rouges s'en alla, emportant son mystère. Quant à "le meilleur ! sandwich!", en plus de me foutre dans la tête son crétin de slogan, il me laissa passer en me disant poliment : "Allez-y madame!" P'tit con, va !

Calcul pas écolo

A la maison, mes farouches chats attendaient de patte ferme et d'un miaulement aigu leur cabillaud avec gelée de carottes (pour autant qu'il y ait du poisson dans les espèces de bouillies odorantes contenues dans les boîtes). Tout en ingurgitant une réconfortante et délicieuse soupe légumes verts et lentilles de marque Lima, je fis un rapide calcul : je m'étais levée à 7h et j'étais arrivée à 12h sur les pistes. J'étais partie à 17h30 et arrivée à 21h30. 4 heures pour faire 100 km. Non repue de sensations nordiques, je décidais de repartir le lendemain, mais cette fois au volant de la redoutable Pépète. Je m'endormis sur cette résolution écologiquement incorrecte.

Je m'éveillais péniblement, ayant cauchemardé que tous les skieurs de fond me poursuivaient en jetant des pierres sur Pépète (qui tentait de les étouffer en larguant de la fumée blanche). Toulouse était plongée dans un épais brouillard, mais la météo promettait un beau soleil en montagne. Soit. J'abandonnais mes chats à leurs croquettes de saumon avant de vrombir dans une épaisse purée de pois (comme ça on voyait moins la fumée s'échappant du pot de Pépète) qui ne se dissipa que passée la frontière de l'Ariège. Et là, miracle : les Pyrénées apparurent, majestueuse barrière blanche dans le ciel bleu.
Ma joie fut de courte durée. Contrairement au samedi (les gens font les courses), le dimanche est LE jour de sortie et une foultitude de voitures se pressaient sous le tunnel de Foix. Je n'échappai pas au traditionnel bouchon du rond-point de Tarascon (la présence de flics matinaux n'arrangeait rien), et j'arrivais trop tard pour ma leçon de ski de fond que j'avais réservée la veille. A la station, même désarroi : deux fois plus de voitures sur le parking, et un fumet de gazole en totale contradiction avec la sérénité des lieux. Mais au lieu de râler comme une vieille, j'ai résolument décidé d'assumer mes contradictions et j'ai passé une excellente journée sur ma désormais familière piste de raquette, prenant un chemin de traverse pour pique-niquer en solitaire face aux cimes éternelles, m'amusant à dépasser les troupes familiales (facile) et les tandems de jeunes bien entraînés (beaucoup plus difficile). Et pour optimiser ma bonne humeur, je suis repartie tôt pour ne pas m'embouteiller (mais Pépète n'a pu s'empêcher de cracher une épaisse fumée sur les promeneurs regagnant leurs véhicules, ruinant en quelques secondes le bénéfice poumonesque de leur journée à l'air pur), j'ai été contrôlée par un gentil gendarme qui au lieu de critiquer mon phare cassé, mon rétro gauche cassé (Pépète a l'air d'un pauvre épagneul) et mon absence d'assurance, m'a laissée repartir en me complimentant sur la beauté de mes pneus. Sur le trajet de retour, je calculais que si certes j'avais passé 4h en voiture dans la journée pour 5h de balade, je m'étais levée une heure plus tard et j'étais arrivée une heure plus tôt que si j'avais pris le train. Dans la vie, au lieu de râler, faut relativiser.




posted by M�lissa 08:50
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La Trappeur Attitude

Moi, j'aime bien le Dernier Trappeur (le film de Nicolas Vanier). Je me sens proche de Norman, le trappeur dans son propre rôle :
1) chez moi, il fait froid : je laisse la porte-fenêtre ouverte à cause de mes deux chats, qui ne comprennent pas le concept de la petite trappe pour aller faire leurs petits besoins dans leur litière fermée. Donc j'ai enlevé la petite trappe et entre l'odeur et les 4 pulls avec une soupe, j'ai choisi la soupe. De toute façon, si j'essaie de les enfermer dehors, Chapi la chatte pousse des miaulements désespérés (à la grande joie de mes voisins) tandis que Raspoutine le chaton se jette sur la porte (à la grande joie de la vitre). Si j'essaie de les enfermer dedans, ils se foutent immédiatement devant la porte et miaulent pour sortir (alors que 5mn auparavant ils dormaient comme des fous dans les pulls de mon placard). De toute façon j'ai passé toute mon enfance et adolescence avec 5 bergers allemands dans une maison où la porte était toujours ouverte, quel que soit le temps, alors je suis habituée.

2) je côtoie des animaux sauvages : voir 1)

3) je fais des gouzi-gouzi à mes fidèles compagnons, les chiens de traîneau dans le film, Chapi chez moi. Raspoutine quant à lui crache dès que j'essaie de lui faire poutou-poutou le chaton mais rapplique aussi sec s'il s'agit de jouer à la ficelle ou de manger : bien un mec celui-là.

4) j'adore regarder la nature autour de moi, surtout l'aube pointer le matin en illuminant les montagnes à l'horizon (bon d'accord elle illumine aussi les ruines du pôle chimique AZF, mais ça a un côté étrange et mystérieux intéressant).

5) je fais de la raquette dans de vastes étendues enneigées (certes dans une station de ski de fond aux pistes balisées parce que j'ai peur de me perdre, mais quand même).

Bon, bien sûr, je ne vis pas du commerce d'animaux à fourrure que je tue à l'aide de pièges aux mâchoires d'acier avant de les dépecer et je croise rarement ours (au rythme où il se font canarder dans les Pyrénées, c'est même pas près d'arriver), lynx et loups (idem, dans les Alpes).

Mais quand même, il a pas tort, Norman : ce que nous n'aurions jamais dû perdre, c'est le contact avec la nature, vivre avec elle et pas contre elle. Certains penseront qu'il s'agit d'une pensée banale et naïve de citadine asphyxiée qui a une vision complètement idéalisée de la nature, où tout est beau, tout le monde est gentil et où les ours tapent la belote avec les brebis pendant que les marmottes vont chercher le pinard. Mais il suffit de faire une balade en pleine nature, forêt, plage, montagne, campagne, pour sentir que ça fait du bien, s'émerveiller du vol des mouettes, des pies qui construisent patiemment leur nid, observer la petite mésange huppée sur sa branche de sapin, sourire au soleil et à la vie qui s'agite de partout.

Tous ceux qui ont été voir et/ou ont aimé ce film ont dû percevoir cette nostalgie que ressent Norman, qui assiste impuissant à la fin d'un monde, de son monde : cette harmonie avec le milieu qui l'entoure, faune et flore, qui disparaît au rythme des grandes compagnies déboisant massivement les forêts du Yukon, détruisant l'habitat des animaux et les modes de vie traditionnels des gens qui y habitent. La même problématique se retrouve d'ailleurs en Amazonie, où l'industrie du bois fait disparaître les modes de vie traditionnels.

L'état d'esprit du trappeur, c'est de prélever dans la nature sans l'appauvrir, juste ce dont il a besoin. C'est cheminer dans sa vie au rythme calme de ses pas sur un sentier, en glissant silencieusement sur un torrent. Tout simplement. Et ça, même si on a pas la chance de pouvoir contempler la course fantastique des immenses troupeaux de caribous, les empreintes du lynx sur la neige immaculée ou les aurores boréales, c'est une harmonie à laquelle on peut tendre…


posted by M�lissa 02:50
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Impuissance

Un père raconte : il serrait son fils fort contre lui, mais la force du courant l'a arraché à ses bras. La dernière image qu'il a de son fils, c'est son visage terrifié, ses mains tendues vers lui.

A la radio, on entend des récits, des points de vue, des commentaires.
Sur Internet, il y a des articles, des reportages, des témoignages.
Dans les forums de voyage, des gens très émus demandent des adresses, des contacts, pour pouvoir partir, aider, parce que donner de l'argent ne leur semble pas assez. Des humanitaires (drôle d'appellation : ça veut dire que ceux dont ce n'est pas la profession de ne le sont pas, humanitaires?) leur répondent qu'ils seront inutiles et encombrants, qu'ils ont besoin de sous, pas de bras cassés.
Notre confort d'Occidentaux nous paraît insupportable comparé au dénuement de ceux qui ont tout perdu.

Le père revoit le visage de son fils, souffrant et mourant loin de lui.

On débat. On cause. On se dispute. Qui a donné le plus d'argent? Faut-il continuer à donner à MSF, aux autres associations?

On critique les médias. Ils parlent trop. Pas assez. Mal. Ils font du sensationnalisme. Ils ne parlent pas de l'explosion de gaz dans l'Est de la France, du Darfour, des Tchétchènes. Même procès que pour le 11 septembre. Peut-on reprocher aux médias ce qu'ils sont, à savoir, pour une grande partie, dans l'immédiateté, avec le risque de recours à l'émotion, de manque de recul que cela implique? N'est-ce pas au citoyen d'exercer son esprit critique? Si les images (qui reflètent la réalité) n'étaient pas si dures (parce que la réalité est dure), y aurait-il une telle mobilisation d'hommes et de fonds? Si nous étions à l'époque du Petit Journal, nous commencerions à peine à recevoir des témoignages, des reportages, des gravures de l'événement. L'immédiateté qu'on reproche aux médias a certainement permis de sauver des vies.

On commence à entendre des blagues sur l'événement. Un disque va sortir, au profit des associations travaillant là-bas. Un livre aussi, avec des dessins d'enfants.

Tout ce vacarme, le père ne l'entend pas. Il voit le visage de son fils, ses mains tendues vers lui.

Impuissants. Nous nous sentons impuissants à consoler, soulager sa souffrance, celle des milliers d'autres touchés par la catastrophe en Asie.
Indécent. Tous ces mots, même ceux-ci, sont inutiles.
Ce qu'il nous reste. Donner, même le peu qu'on a, même si c'est une goutte d'eau dans l'océan, de l'argent, trois minutes de silence, notre vote à ceux qui inscrivent à leur programme l'annulation de la dette pour ces pays (et les autres dont les médias ne parlent pas assez, etc.).



posted by M�lissa 02:49
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vendredi, décembre 10
Mel Gibson et moi

Grâce à sa passion du Christ, Mel Gibson se paie le paradis

L'acteur a suivi l'exemple de Johnny Depp qui s'est acheté une île des Caraïbes pour 2 millions et quelques d'euros il y a quelques semaines. Mel Gibson peut se le permettre grâce à l'argent que lui a rapporté le film très controversé La Passion du Christ... Il fait même plus fort, puisqu'il vient de s'acheter une île dans les Fidji à plus de 11 millions d'euros ! Il est tombé amoureux de l'île Mago dès qu'il l'a vue et se soucie peu que son petit coin de paradis fasse environ 2200 hectares et qu'il y ait un peu d'entretien à effectuer... Son film devrait en effet lui rapporter pas moins de 400 millions d'euros en cash !!!
(source : Actustar.com)

Et voilà. Je le savais. J'aurais dû naître 20 ans plus tôt en Australie, prendre des cours de théâtre au lycée, et c'est moi et non cette pétasse de Robyn (quel prénom ridicule) qui me préparerait à m'installer sur une île des Caraïbes avec mon mari adoré et ma nombreuse progéniture (ils ont une flopée de mômes). J'ai bien pensé au fils, mais même l'aîné est un peu jeune je crois. Et puis ce serait pas pareil. Mel, c'est Mel.

Avec Mel, on s'est rencontrés à Bures-sur-Yvette, un soir où je regardais L'Arme Fatale avec mon frère qui buvait du Coca et fumait des Philip Morris bleues à la chaîne (en me faisant crapoter de temps à autre pour se foutre de moi). Jusqu'ici, je l'avais vu en photo, j'en avais entendu parler, et je ne voyais pas pourquoi on faisait tout un foin de ce type pas bien beau. Et même là, en regardant le film, je ne lui trouvais rien de particulier. Et puis tout à la fin, quand il va sous la pluie chez son copain flic et que c'est sa fille qui ouvre, qu'il est tout triste et tout malheureux parce que sa femme est morte et qu'en plus il est tout mouillé parce qu'il pleut, là, au dernier moment, il s'en va, puis il se retourne, et il sourit. Il m'a souri. Mon cœur a raté plusieurs battements d'affilée, je suis restée la bouche ouverte, j'ai fait un son du genre Gfgsdhqjsd et je me suis levée pour me repasser la scène 12 fois, avec arrêt sur image au moment clé, sous les quolibets de mon frère.

Ca m'a fait pareil que quand j'ai vu Harrison Ford pour la première fois, c'est dire (mon ex grand amour d'avant Mel). J'étais au ciné des Ulis (son Carrefour, son Mc Do, sa cité HLM verdoyante), j'avais un paquet de Chocoletti dans la main, et j'avais été voir Indiana Jones et le Temple Maudit. La scène d'intro dure une quinzaine de minutes, et soudain, on voit à l'écran un costume blanc, qui descend les marches lentement, le plan s'élargit et IL apparaît. Quand je me suis réveillé de ma stupéfaction, ils sont dans l'avion et mes chocolats étaient tout fondus.

Mais revenons à Mel. Dès ce moment, nous ne nous sommes plus quittés. Ce sourire m'avait dessillée. Je voyais maintenant ses yeux (aaaaah ! ses yeux!), vifs, pétillants, malicieux, j'écoutais sa voix, profonde, un peu éraillée (rien à voir avec son doubleur grotesque). Je me renseignais sur sa biographie : le père américain qui avait emmené sa famille au pays des kangourous pour leur éviter le Vietnam, ses débuts dans des séries Z, la rencontre avec George Miller, la série des Mad Max. Avec l'Arme Fatale, il revenait apparemment d'un long passage à vide avec alcoolisme et comportement bagarreur inclus, et son personnage de Martin Riggs n'était pas très loin de son vrai caractère (comme la princesse Leïa, j'ai un gros faible pour les gentils voyous). Tout en collectionnant revues (notamment feu mon Starfix adoré) et photos à son sujet, je faisais l'acquisition des 3 Mad Max. Devant l'étonnement de mon frère, honteuse, je prétendais les avoir gagnés à un concours de La Redoute… Le premier me fit un choc : le jeune Mel était quasiment méconnaissable – mais déjà ce regard torturé, cette violence… sans parler de ce petit ensemble en cuir très seyant. Dans le 2, on reconnaît mieux mon Mel, et la vision d'un post-futur apocalyptique où les hommes reviennent à des heures sombres et se disputent le pétrole reste d'une troublante actualité à l'heure où l'on ne fait que parler de l'"oil peak". Le 3, avec tous les gamins, Tina Turner, et des bons sentiments neuneus ne m'a pas laissé un grand souvenir. Je me tournais en me léchant d'avance les babines vers sa filmo moins connue. Malgré mes demandes répétées auprès du vidéoclub de Marcoussis, qui nous livrait des K7 louées toutes les semaines, je ne trouvais pas Attack Force Z, une sorte de nanar ambiance surfeur (son premier film). Mais nous avons failli mourir de rire avec ma copine Lisa devant Tim, dont le sujet est (je me souviens encore du commentaire sur la jaquette) : "le pénible éveil sexuel d'un attardé mental par une femme d'âge mûr". Il a l'air crétin, il a une grosse tignasse brune, c'était génial. J'ai vu aussi Mrs Soffel (avec Diane Keaton), La Rivière (avec Sissy Spacek, ça je me souviens c'était plutôt bien et il commençait à être grave canon). Mais mes deux préférés sont ses films avec Peter Weir. Gallipoli, c'est une très belle histoire d'amitié sur fond de Première guerre mondiale, qui par ailleurs dénonce bien l'épouvantable boucherie que fut cette guerre, l'homme s'ingéniant avec un plaisir sadique à massacrer son espèce. Quant à l'Année de tous les dangers, c'est cette fois une histoire d'amour sur fond de chute de Sukarno en Indonésie, la fin d'un régime colonial. Il y a vraiment une ambiance particulière, avec notamment à un moment du théâtre d'ombres (magique). Linda Hunt guide Mel le journaliste cynique dans ce monde qu'il ne comprend pas avec ses repères d'Occidental. A quoi sert de donner à un miséreux, demande-t-il. Il y en a tant… Et Linda Hunt lui répond : c'est une goutte d'eau dans l'océan… mais c'est avec des gouttes d'eau qu'on fait la mer. Je sais maintenant que cette phrase est très célèbre. Mais je ne la connaissais pas, et ça m'a marquée… Dans ce film, Mel est absolument sublime. Il est fin, affûté, paumé. Il tombe amoureux de Sigourney Weaver, ce qui est rigolo vu qu'elle fait une bonne tête de plus que lui. On notera à ce propos qu'il est tombé amoureux de deux des actrices fétiches de mon frère : Sigourney et Michelle (la courageuse et la geignarde), dont je reparlerai plus loin. Donc, Mel est amoureux. La scène où ils roulent tous les deux en voiture sur fond de Vangelis, où Sigourney se love contre lui, jette sa cigarette par la portière, l'embrasse au risque que tout le monde se plante dans le décor, et pour moi l'une des scènes les plus érotiques que je connaisse au cinéma (avec Harrison Ford dans Blade Runner quand il plaque sa réplicante sur le mur en l'obligeant à dire "I want you". Mmmmh!).

Après, il faut dire qu'autant j'aimais toujours le regarder, autant il aurait pu faire un effort pour ne pas tourner des films de merde. Tequila Sunrise, passe encore. Il y avait en plus Kurt Russel (avec qui j'ai vécu un flirt épisodique au temps des Aventures de Jack Burton), et Michelle Pfeiffer, qui chialait comme d'habitude. Ce n'est pas que j'ai quelque chose contre elle, ni que je sois jalouse (quelle idée ridicule), mais elle ne joue pas : elle pleurniche. Si des fois aussi, elle prend un air égaré. Enfin bon faut avouer que Mel, c'est pas Bogie non plus… Mais alors après, Comme un oiseau sur la branche, les Armes Fatales (c'est sa fameuse période du brushing+grosse couette), la connerie épouvantable où il joue un aviateur (Forever Young)… Disons pour être gentille que c'est du cinéma populaire américain. Et alors en plus, son côté patriote drapeau américain, oh là là… T'as loupé le coche, Mel : si tu avais mieux choisi, au lieu de t'embourgeoiser sur une île infestée de requins, tu irais en compagnie d'une fille certes peu attrayante mais tellement enthousiaste retaper une maison dans l'Ariège profonde, construire une citerne au Maroc, faire du ski dans les Pyrénées… bon allez va, on reste potes !


posted by M�lissa 06:16
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lundi, novembre 29
Sex and the city

Parfaitement, je suis allée dans un sex-shop. Aujourd’hui, aller dans un sex-shop, c’est cool. Finie l’époque des petites boutiques sordides dans une ruelle borgne fréquentée par de vieux dégoûtants. Exit les vitrines vulgaires de Pigalle matées avec avidité par les Japonais et les provinciaux de passage. Aujourd’hui, on va s’éclater dans les supermarchés du sexe, en couple ou entre amis. D’ailleurs, c’est l’affiche de leur pub : une nana vaguement vêtue d’une jupe ras la raie poussant un caddie regorgeant de strings en dentelle. Ce qui est génial, c’est qu’il n’y a plus aucune différence entre les pubs pour Carrefour, une bagnole, la carte Fréquence SNCF : de toute façon, c’est une nana aux trois-quarts désapée. Mais elles peuvent pas réagir, ces mannequines au galbe énervant ? Arrêter de poser pour n’importe quelle connerie ? Mais je m’égare.

Oui, aujourd’hui, on est complètement décomplexés de la fesse. Une amie m’explique qu’elle est bi, ou qu’elle est attirée par les femmes mais uniquement hétéros ? Je ne lève pas un sourcil. Un attaché de presse m’explique qu’il m’envoie un bouquin destiné aux 4-14 ans qui confondent films pornos et documentaires ? Je lui donne l’adresse du journal. Ma Cécile déclare en roulant des hanches, les yeux brillants, qu’on va se faire une sortie à Sexy Center ? Normal, justement je voulais y aller, je manque de gel lubrifiant arôme mangue-rhubarbe. Tous les copains et copines à qui nous en parlons veulent violemment se joindre à nous ? Ben ouais, c’est cool un sex-shop.

Finalement, on y est allés à 3 avec Ma Cécile et Son JB (pas la bouteille de whisky, son chéri), afin de trouver un cadeau à Olivier, amateur d’érotisme (raison de plus pour NE PAS aller dans un sexy center, comme nous allons le voir).

La chose se trouve au fin fond d’une zone commerciale, entre deux entrepôts sombres et humides, la façade mal éclairée par des néons roses qui brillent faiblement dans le brouillard en ce samedi soir. Le trajet en voiture a été consacré à « et toi c’est quoi ton fantasme » et autres « qu’est ce que tu voudrais voir ». Les boules de geisha emportent la palme de la curiosité. Il faut dire qu’on en a appris l’existence et le principe depuis une semaine avec Cécile, en surfant sur Internet. (Internet, un nouvel outil d’éducation sexuelle ? Vous avez 2 heures). Mais comment ça fait ? Mais où qu’on se les met ? Bref, on a hâte de voir tout ça.

L’entrée ressemble à celle d’un supermarché, ce qui dit assez bien ce que le corps est devenu dans notre société. Mélange de timidité, d’émoustillement, sensation diffuse de faire un truc un peu interdit : fou rire assuré dès l’entrée, très soft (sans doute pour encourager les plus timorés). Cache-sexe en forme de têtes d’animaux (sonores, d’après l’emballage) : idéal pour faire marrer son/sa partenaire pendant deux heures d’affilée. Stylos phalliques, préservatifs rigolos, fausse fleur string : gentillet. Rayon suivant, ça se corse : les (fameuses) boules de geisha, les anneaux à zizi (JB m’explique doctement le principe à base de moins de flux de sang donc érection plus longue, mais moi, les histoires de robinet…), les bagues à clito (rose fluo), un tas de trucs à insérer dans des endroits variés, et le Scorpion. C’est un gros scorpion en plastique (ou je ne sais quelle matière diabolique) jaune. La photo très réaliste nous aide à comprendre comment il peut satisfaire une femme de trois manières différentes en même temps. Nous poussons de concert un (petit) cri d’horreur avant de nous réfugier dans le rayon suivant. Mal nous en prend. C’est celui de l’anus. Des trucs à boules de 30 cm, droit comme un I. « Mais ça doit arriver dans le bide", lance Cécile, interdite. Nous ne savons que lui répondre. Notre opinion sur le genre humain est déjà sérieusement ébranlée (c’est le cas de la dire, je sais). Un peu las, nous contemplons avec effroi les ersatz de pénis masculin de formes, pilosité et tailles variées (dont une qui manque de nous faire défaillir avec Cécile tandis que JB contemple la chose d’un air songeur). Des bouts d’anatomie variées emballées dans des boîtes roses promettant des heures de plaisir intense : vagins (avec ou sans poils), fesses, bouches… A la limite, c’est assez rigolo de voir l’opinion de chacun sur sa propre anatomie. Les filles devant leur intimité en latex impudiquement dévoilée poussent un cri d’horreur. « C’est moooooche un vagin ! » JB réplique : « Non c’est pas moche, ça c’est moche mais sinon c’est pas moche du tout… » Cécile le regarde, il marmonne en rougissant et s’enfuit au rayon suivant. L’horreur redouble. C’est les vibromasseurs (certains font de la musique , c’est cool) et les ceintures à pénis pour nana. Cécile se sent mal à l’aise en voyant les photos sur le paquet. Quelques avant-bras en latex plus tard, nous voilà dans l’univers merveilleux des culottes fendues de partout, des déguisements de soubrette, d’écolière (ou de Tyrolienne, je sais pas trop), de pharaon (j’ai renoncé à comprendre). Un peu las, nous nous traînons vers le dernier rayon : le SM. Médusés, nous contemplons les pinces crocodile à tétons, les fouets, les baillons en cuir, le matériel à attacher (comme par hasard, c’est toujours une nana sur les photos), les cordes pour le bondage, les pinces à écarteler genre gynécologue, les machines à donner des décharges électriques. Une hôtesse charmante vient nous demander si elle peut nous renseigner sur certains des objets. Hébétés, nous la remercions mais non.

Heureusement, le rayon massage nous permet de terminer cette instructive excursion sur une note plus soft : peinture sur corps à lécher, huile à appliquer en mouvements lents avant de la faire sécher en soufflant sur la peau, pinceau de plumes pour caresser le corps légèrement poudré… Dans un mouvement inconsidéré, je teste le parfum qui attire les hommes, JB essaie celui qui attire les femmes. Malheur ! Les effluves schlinguent à faire vomir un putois, et nous passons le trajet les poignets à la fenêtre, en épiloguant sur le problème de la misère sexuelle en Occident. La prochaine fois, on ira à la librairie chercher un cadeau, c’est moins risqué.


posted by M�lissa 13:55
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vendredi, novembre 26
La pause de midi

D'habitude, à midi, je vais à la cantine avec tout ou partie de mes collègues. Il s'agit d'un vaste réfectoire où on prend son plateau avant de faire gentiment la queue pour le garnir dans l'ordre de desserts à moitié congelés, demi-œufs durs à l'aspect croûteux recouverts d'une improbable mayonnaise, platées de légumes et d'animaux morts en sauce. La cantine est située dans le Centre de Gros, ce qui n'encourage guère à y aller, une zone genre Rungis avec des gros camions, des entrepôts et une ligne de chemin de fer abandonnée. Quand il fait beau, le pâle soleil d'hiver réchauffe les routiers qui mangent leur sandwiches dans leur cabine, portière ouverte. Malgré tout cela, j'aime bien la cantine parce qu'on y trouve des rires, des blagues, des histoires sans importance. Des gens, quoi. C'est plus important que ce qu'on y mange.

Avant c'était le contraire. C'était plus important pour moi ce que je mangeais que de voir des gens. En fait j'avais peur des gens. De ce que j'imaginais qu'ils pensaient de moi. Alors je préparais ma petite gamelle sans gras, sans sucre et sans féculents et j'allais à vélo au bord d'un petit lac, lui-même situé à côté de la rocade (ambiance sonore assurée). Dans ce pathétique simulacre de verdure (pelouse approximative jonchée de déchets, bidons flottants sur l'eau stagnante…), je mâchouillais consciencieusement mes trois radis avant de rentrer. J'allais aussi des fois dans une espèce de terrain vague un peu plus loin, mais où là il y avait un vrai étang avec des libellules et des poissons. C'était joli mais je remâchais toujours les mêmes sombres pensées en même temps que mes trois radis.

J'ai pensé à tout cela en allant à pied au Leader Price, car aujourd'hui nul convoi pour s'ébranler en babillant gaiement au Centre de gros. Mon pouvoir d'achat se limitait à 1 euro 70. Grâce à cette somme, j'ai acquis 4 pommes (pour 1 euro 42 précisément), ce qui m'a pris un bon moment car un nombre incroyable de gens s'étaient donné rendez-vous au même moment pour faire leur courses. J'ai donc fait la queue gentiment derrière les caddies remplis de saucisses cocktail, biscuits fourrés à la génoise arôme abricot et autres entremets vanillés. Les gens achètent des quantités d'aliments gigantesques. Ils doivent avoir de très grandes familles. Peut-être qu'un jour moi aussi, j'aurais une grande famille à nourrir…
J'ai songé que dans un sens, faire ses courses dans un hard-discounter peut être considéré comme un acte militant contre les géants de la grande distribution, leurs centres commerciaux cauchemardesques et leurs campagnes ridicules sur le mieux consommer. Mais ni les gens à l'œil vague derrière leur caddie, ni moi avec mes 4 pommes avions l'air de militants. On était juste là, improbablement réunis à la pause de midi. Quand même, je préfère la cantine.





posted by M�lissa 08:31
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mardi, novembre 23
Le sceau de la mort

En octobre dernier, le prix Nobel de chimie à été décerné à un trio qui a révélé le rôle destructeur de la protéine ubiquitine. «Cette découverte a imposé une nouvelle vision de la vie cellulaire, relève Jean-Claude Ameisen, biologiste et président du comité d'éthique de l'Inserm. Pendant longtemps, on a pensé que la production de protéine était le coeur de l'activité de la cellule. Avec la découverte de l'ubiquitine, leur élimination est devenue toute aussi importante. La vie apparaît comme un équilibre dynamique entre production et destruction.» (voir intégralité de l’article ci-dessous).
La mort et la vie apparaissent comme les deux faces d’un processus irréversible, un étrange voyage où sont embarqués côte à côte animaux, plantes, hommes et autres mollusques invertébrés. D’où viennent-ils ? Certains parlent de bouillon de bactéries, d’autres de Paradis perdu : c’est pas bien clair. Où vont-ils ? D’aucuns assurent que tout ce petit monde se réincarne qui en chameau, qui en vermisseau, qui en plante d’appartement chez mon frère (très mauvais karma), mais il paraît que si ça se trouve on va serrer la main à St Pierre, ou rôtir en Enfer, ou encore juste que rien : on ne sait pas trop.
L’Eternel a donné, l’Eternel a repris, bénit soit l’Eternel, disent tristement les chrétiens en fermant les yeux et en priant pour le défunt. Mais s’ils sont si convaincus que le mort est parti rejoindre Dieu, pourquoi font-ils tous cette tête d’enterrement ? Ils craignent peut-être que ce soit plutôt l’Enfer qui attende le pauvre gars s’il ne s’est pas confessé tous les dimanches. La plupart des religions monothéistes sont assez tatillonnes au sujet du règlement et des choses à faire dans l’espoir d’une vie meilleure en divine compagnie. Mais il me semble que dans ce cas, le Code de bonne conduite religieuse consiste à prier pour le salut de l’âme du pauvre pécheur (et non à dire à Dieu : « Bon OK lui il était vicié jusqu’à l’os, tu peux l’envoyer dans les flammes, mais moi je vais à la messe, je prie, je jeûne, je suis sympa avec mon prochain, je fais tout bien comme il faut, alors j’irai au Paradis, hein dis ? »).
Religieux ou pas, ce que nous pleurons en perdant un être qui nous est proche, c’est le vide qu’il laisse. Son absence. Sa disparition qui semble irréversible (à moins que tout le monde se réveille à la Fin des Temps et se mette à danser une lambada géante, je te dis pas le bordel que ça va foutre entre tous les hommes de Cro-Magnon, les Huns, les Templiers, les Amérindiens qui vont foutre sur la gueule aux conquistadores espagnols, les Tibétains qui vont casser du Chinois, et tout le monde qui va taper sur les Nazis) (j’espère qu’il y aura des dodos aussi, j’ai toujours rêvé de voir des dodos en vrai, c’est tellement triste leur histoire…).
Les animaux ont de la chance, ils ne se rendent pas compte quand un des leurs meurt. Ou ils le mangent, ou ils le laissent là pour être mangé (ce qui somme toute est plutôt sympa de leur part, au lieu de les enfermer jalousement dans un coffre en bois). Mais ils n’ont pas l’air triste. En tous cas pas les chiens. Il n’y a guère que Coin-Coin, le canard familial, qui a semblé réagir face à la mort, poussant d’un bec pathétique le petit corps inanimé de Kiwi le cochon d’Inde, son grand copain (ils ne se quittaient pas, sauf bien sûr quand Coin-Coin allait se baigner dans sa piscine à boudins en plastique).
Une brume épaisse entoure le souvenir de l’incinération de mon père, comme ces mauvais rêves où une sorte de brouillard nous empêche de distinguer des choses trop horribles pour être vues en pleine lumière. C’était en novembre, au Père-Lachaise, il faisait froid. Je savais qu’à partir de ce moment, j’aurais toujours froid quelque part. Il y avait une salle assez grande. Il y avait un cercueil au milieu. Mon père. Il y avait une ouverture dans le mur du fond. Comme la porte d’un four. La porte s’est ouverte. On voyait les flammes au fond. Lentement, le cercueil a été plongé à l’intérieur. Je suis restée à jamais marquée par cette infernale vision, mon père en train de flamber comme une bûche de Noël. La porte s’est refermée. De longues dizaines de minutes plus tard, on nous a apporté une urne. Poussière, tu redeviendras poussière. Après, je me souviens qu’avec mon frère et ma mère on était égarés, on a été sur l’île St Louis parce que c’est là qu’il voulait que ses cendres soient dispersées, parce que c’est là qu’ils avaient été heureux avec ma mère. Alors entre le pont Marie et le quai d’Anjou, on a garé la voiture, on est descendus sur la berge, je crois qu’il y avait des gens qui nous regardaient bizarrement, forcément, trois personnes larmoyantes qui trimballent une urne, ça attire l’attention. Et puis on ne savait pas trop comment faire, alors ma mère, toujours impétueuse, a dit on y va, elle a dévissé l’urne et elle a vidé le contenu, qui s’est répandu aux trois-quarts sur les pavés parce qu’il y a eu un coup de vent à ce moment là. Mon frère et moi étions atterrés. En repartant, j’ai regardé où on était et je n’ai cessé de me répéter pendant des jours, « entre le pont Marie et le quai d’Anjou », « entre le pont Marie et le quai d’Anjou ». Plus tard, quand ses clients appelaient pour savoir où était le docteur, que je disais qu’il était mort, que je devais attendre qu’ils répètent : « Mort ? Mais comment ? Mais pourquoi ? », que je résistais à l’envie de leur dire « Il en avait tellement marre des conneries que vous lui racontiez qu’il a préféré se suicider », qu’ils réclamaient de savoir où il était enterré, je leur disais : « entre le pont Marie et le quai d’Anjou ».
Et ce jour là, ce jour glacial de novembre, vous étiez là tous les deux, je me souviens de vos expressions pleines de tristesse qui disaient nous souffrons avec vous, courage pour maintenant et ce qui vient. Et c’est ça que je voulais vous dire en écrivant tout ceci, je souffre avec vous, bon courage pour maintenant et ce qui vient, surtout toi ma petite Choubouloute.

Prix. Le Nobel de chimie à un trio qui a révélé le rôle destructeur de la protéine ubiquitine.Les découvreurs du «sceau de la mort»Par Corinne BENSIMONjeudi 07 octobre 2004 (Liberation - 06:00)
es protéines naissent, par centaines de milliers, dans chacune des cellules de l'organisme ­ humain ou acarien ­ sous le contrôle des gènes : le fait est connu depuis la découverte de la structure de l'ADN et du code génétique, célébrée par quelques prix Nobel. Mais elles meurent aussi, et la révélation des voies qui mènent les molécules à ce funeste destin a valu, hier, à trois chercheurs d'entrer dans le cercle étroit des Nobel. L'Académie suédoise et royale des sciences, chargée d'attribuer le prix Nobel de chimie en vertu du testament écrit à Paris en 1895 par Alfred Nobel, a décidé de l'attribuer cette année à Aaron Ciechanover, 57 ans, Avram Hershko, 67 ans, et Irwin Rose, 78 ans. Ce dernier est américain, professeur à l'université de Californie à Irvine ; les deux premiers sont israéliens, chercheurs à l'institut Technion d'Haïfa, et deviennent les premiers citoyens de l'Etat hébreu lauréats d'un Nobel scientifique. Un brillant trio dans lequel Hershko a joué un rôle moteur, Rose étant son «inspirateur» et Ciechanover son élève.
Processus vital. La découverte récompensée par l'Académie suédoise est de celles, majeures, qui figurent d'ores et déjà dans tous les manuels universitaires. Donnant la clé d'un processus vital à l'oeuvre dans toutes les cellules animales et végétales, elle a ouvert un domaine de recherche en biologie, en médecine, qui est exploré aujourd'hui par des milliers de chercheurs dans le monde. Elle s'articule en un mot, inventé en 1975 par les trois nobélisés : ubiquitine. Les trois chercheurs baptisaient ainsi la nouvelle substance qu'ils avaient découverte d'abord dans les cellules de l'intestin du veau, puis dans toutes les cellules des organismes qu'ils exploraient, hors les bactéries : une protéine en effet «ubiquitaire».
En 1980, ils élucidaient son rôle, grâce à une manipulation de biochimie d'une grande rigueur. Ils démontraient que l'ubiquitine a une fonction très singulière dans le grand monde des protéines, celle d'être le «sceau de la mort».
Toute protéine portant la marque de la protéine ubiquitine ­ laquelle enlace littéralement ses victimes ­ est vouée au néant. La protéine taguée sera inévitablement happée dans un couloir de la mort : le tunnel d'un des protéosomes ancrés dans la cellule, structures préposées au découpage des protéines en petits morceaux insignifiants, autrement dit, en jargon de biochimiste, spécialisées dans la dégradation des protéines.
Dès lors, la mise à mort des protéines est apparue comme un fondement du fonctionnement normal de la cellule. Contrairement à ce que l'on pensait jusqu'à cette découverte, la disparition des protéines n'est pas le fruit d'une usure, une sorte de déliquescence moléculaire : elle est le résultat d'un repérage sélectif des protéines à détruire ­ parce qu'elles sont mal formées ou désormais indésirables ­, et d'une «action» pour laquelle la cellule «paye» : comme l'a montré le trio, elle dépense de sa précieuse énergie pour réaliser ce marquage à l'ubiquitine.
Ultérieurement, de nombreux travaux ont montré que l'ubiquitine était à l'oeuvre dans toutes les activités cellulaires qui, toutes, passent par la production de protéines. Qu'il s'agisse par exemple de la division de la cellule, de la réparation de son ADN, de la lutte contre des virus.
Dynamique. «Cette découverte a imposé une nouvelle vision de la vie cellulaire, relève Jean-Claude Ameisen, biologiste et président du comité d'éthique de l'Inserm. Pendant longtemps, on a pensé que la production de protéine était le coeur de l'activité de la cellule. Avec la découverte de l'ubiquitine, leur élimination est devenue toute aussi importante. La vie apparaît comme un équilibre dynamique entre production et destruction.»
Du moins, la vie normale. Car les défauts de dégradation des protéines apparaissent impliqués, depuis quelques années, dans un nombre croissant de maladies. Vieillissement, inflammation, cancers, et, surtout, toutes les maladies neurodégénératives caractérisées par une présence dans le cerveau de protéines déficientes ou en surnombre. Telles Huntington, Alzheimer... et les mystérieuses maladies à prions.
Un médicament destiné à traiter certains cancers du sang en ciblant la chaîne de dégradation de protéines est d'ailleurs commercialisé depuis l'an dernier aux Etats-Unis. Il s'agit de la première exploitation thérapeutique de la découverte de l'ubiquitine.







posted by M�lissa 13:04
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vendredi, octobre 15
Kôan Zen « Vas laver ton bol »

Un moine dit un jour à Chao-Chou : « Je viens d’arriver dans ce monastère. Instruisez-moi, je vous en prie. – As-tu mangé ta soupe ? demanda le maître. – Oui, répondit le moine. – Alors, va laver ton bol », trancha Chao-chou.
Et le mine atteignit l’éveil.

Chao-chou (778-897), qui accéda à la parfaite réalisation à l’âge de 17 ans, fut l’un des plus grands maîtres du tch’an chinois. En demandant au jeune moine si celui-ci a déjà déjeuné, Chao-chou cherche à éprouver son niveau de conscience. Chaque jour, la première pratique des moines dans un monastère zen consiste à chanter les soûtras sur une seule note grave, dont la vibration pénètre le corps et l’esprit et prépare l’adepte à l’absolu silence (samadhi) de la méditation. En buvant solennellement la soupe du déjeuner, le samadhi est maintenu. Percevant le sens caché de la question apparemment triviale de Chao-chou, le moine répond « Oui », signifiant par là qu’il s’est montré capable de garder le samadhi en mangeant sa soupe. La réponse de Chao-chou – « Alors, va laver ton bol » - est un moyen on ne peut plus zen d’indiquer la nécessité de vivre ici et maintenant. Le moine a fini son déjeuner, il doit porter son attention sur le présent. Ce qui est passé est passé ; ce qui est passé doit être lavé, emporté avec les restes de la soupe.


posted by M�lissa 08:09
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jeudi, octobre 14
Ma cousine est assez cosmique. Il s’agit en fait de la fille d’une des deux sœurs de mon grand-père maternel. Veuve depuis une quinzaine d’années, elle garde à 84 ans une verve et une vitalité assez stupéfiantes – comme quoi, la Blanquette de Limoux, ça conserve.
Elle habite avec dans un petit village près de Carcassonne qui est sûrement bien placé dans le hit-parade des toponymes les plus ridicules de France : Villemoustaussou. Je me rappelle encore des terribles batailles avec les préposés du 12 quand nous cherchions son numéro de téléphone et qu’il fallait l’épeler (surtout qu’on mettait des voyelles un peu partout au pif..). Enfin maintenant cela n’arrive plus, d’une part parce qu’il y a la Nouvelle Technologie et les pages jaunes sur Internet, d’autre part parce que ma cousine est devenue totalement parano, s’est mise sur liste rouge et change de numéro tous les deux mois.
Ce village au nom curieux n’en est pas moins doté d’un charme délicieusement languedocien que l’on retrouve dans de nombreux lieux dont est parsemée cette région méconnue. En effet, tandis que des hordes de vacanciers, plaisanciers et vélocipédistes variés s’agglutinent sur le littoral montpellierain, les côtes du Roussillon ou le long du Canal du Midi, les heures s’égrènent lentement au son clair des clochers de style joli dans de paisibles bourgades endormies, où une douce lumière jette sur les vieilles pierres des ombres extraordinaires, tandis que les locaux vissés sur la terrasse des petits cafés ne font rien d’autre que regarder le temps passer. Sereine immobilité… Sereine, ne vois-tu rien venir ? Mais si, voilà une voiture qui vrombit sans s’arrêter, où un sportif cycliste éperdu sur sa lancée : de quoi alimenter la conversation pour au moins l’heure à venir.
Villemoustaussou est ainsi, plein de lenteur et de rêverie. On en fait vite le tour, littéralement puisque le centre est encerclé par une petite route, avec à l’intérieur des petites maisons blotties autour de l’église, qui constitue bien sûr le noyau central (la mairie, cette chose anti-cléricale, étant reléguée sur un côté). Des ruelles étroites forment un labyrinthe charmant d’où s’échappent des balcons fleuris et du linge vite séché dans le vent omniprésent. De vénérables platanes délimitent l’extérieur du cercle, sur lequel se situent les commerces – le pharmacien, le marchand de presse, une boucherie (berk), un café, deux boulangers (bande de petits gourmands, va). Tout en faisant leurs courses, les habitants s’interpellent, discutent (à vrai dire, ainsi qu’il en va dans le sud, les gens discutent plus qu’ils ne font leurs courses) avec un accent du Midi roulant et rocailleux à côté duquel un bon Toulousain du cru ferait figure d’académicien.
Dans les années 1960, quand ma cousine et son mari, Gaston, ont fait construire leur maison qui se situe en périphérie, soit 10 minutes à pied, sur une petite colline creusée de garennes, il n’y avait qu’eux (et une vue imprenable sur la Cité de Carcassonne, les Corbières et les Pyrénées). Maintenant, tous les environs sont garnis de pavillons plus ou moins récents. Il y a même une école toute neuve et un foyer-restaurant pour les vieux (ma cousine dit qu’il faut appeler les vieux des vieux, et pas des aînés ou je ne sais quelle trouvaille de Parisien désoeuvré. Ma cousine a des avis tranchés et assez réactionnaires sur de nombreux sujets). Du reste, au sujet de ces bâtiments, ma cousine a son opinion : « Regarde ce qu’ils ont fait. C’est tout fermé et ils allument la lumière électrique dès le matin. Alors que s’ils avaient fait des grandes baies vitrées, avec le soleil qu’on a ici, ça consommerait moins d’électricité ! » Ma cousine est une écologiste qui s’ignore : elle ne penserait pas à se qualifier ainsi, mais elle observe les choses et en tire des conclusions pratiques, ce qui est un des fondements de l’écologie… A 84 ans, elle arrive donc logiquement aux mêmes analyses que les promoteurs des bâtiments « bio-climatiques », utilisant au mieux les ressources du milieu où ils se trouvent, dont le verre dans les endroits très exposés au soleil.

Ma cousine est un peu flippante. Elle me fait irrésistiblement penser au personnage du Pingouin joué par Danny de Vito dans Batman. Elle est toute petite, rondelette, avec un nez tout pointu, elle se tient un peu voûtée et elle agite tout le temps ses bras et ses petites griffes, pardon ses ongles vernis rouge sang. Elle parle beaucoup (une tradition familiale), saute du coq à l’âne et enchaîne sans discontinuer les pires moqueries et méchancetés, les répliques franchement drôlatiques, les observations fines pleines de bon sens sur le monde qui l’entoure. L’écouter parler, c’est peu comme de zapper toutes les 30 secondes de TF1 à Arte en passant par le décrochage régional de France 3 (avec documentaire sur la vie dans l’Ariège autrefois). Le plus incroyable c’est la mémoire familiale qu’elle détient. C’est comme un arbre généalogique vivant bourdonnant d’informations et d’anecdotes sur sa famille, celle se son mari et quelques autres en remontant à trois ou quatre générations. Extrait : « Parce que tu comprends, le frère de mémé Maria (mon arrière grand-mère, NDLR) avait deux filles, Marinette et Georgette (zap). L’oncle de mon mari avait deux fils, dont un est mort en Indochine. Sa femme et son fils sont alors rentrés en France et ont habité rue des Hospitalières Saint Gervais, à Paris. (zap) Quand pépé Gayrot est mort (mon arrière grand-père, NDLR), Jean (en fait Jean-Pierre, un des frères de mon grand-père, donc son fils, vous me suivez ?) est arrivé trop tard : on a donc jamais su si le château du Castet n’était pas à nous ! (zap) » Quand j’ai de la chance, j’ai droit aux photos à l’appui : « Alors ça c’est Jojo, le frère de Guytou. Leurs parents avaient l’Epargne, rue des Blanchers à Toulouse. Ensuite ils ont eu un café après la gare St Agne. Un jour Jojo a trouvé ta mère en train de jouer à se recouvrir de caca avec Dédé (ma mère et le dénommé Dédé avaient 5 ans, NDLR). Ensuite leurs parents ont eu un hôtel rue du Trésor à Paris… » Bref, je me régale, mais en même temps c’est un peu saoûlant. D’autant que ma cousine a une bonne petite descente et m’encourage à grands cris à partager moult vinasse du pays de l’Aude et apéritifs conceptuels. Un jour, elle m’a ainsi servi un vin d’orange confectionné par ses soins. Le breuvage était goûtu, avec un arrière-goût néanmoins indéfinissable. J’ai demandé la recette : « Oh mais c’est simple, je fais macérer des écorces d’orange, du sucre et de l’alcool à 90° pendant au moins six mois ». Ah d’accord, ai-je dis en comprenant soudain pourquoi j’avais l’impression qu’une gigantesque enclume venait de s’abattre sur mon front. La fois d’après elle m’a proposé de la sangria. J’ai accepté avec l’enthousiasme plein de naïveté qui me caractérise (j’adore la sangria). J’ai réussi à ne pas recracher immédiatement la gorgée et à l’avaler, partageant pendant de longs instants la douleur de la tuyauterie de WC dans laquelle on vient de verser une bonne rasade de Destop. En regardant la bouteille, sur laquelle était écrit : « Boisson à base de vins issus de la communauté européenne », j’ai mieux compris. Du coup j’essaie maintenant de me rabattre sur les valeurs sûres, du type Frontignan (normalement, un vin cuit genre porto). Mais là encore, le danger peut surgir à chaque instant ! Une fois, ma cousine agrippe la bouteille en disant : « Ah non ça c’est un vin que j’ai fait (aïe aïe aïe, pensé-je). Mais voyons, c’est lequel celui-là ? » Elle observe deux bouteilles d’un œil perplexe. « Il faut les goûter », grommelle-t-elle avant de les emmener dans la cuisine, tel un sorcier fou ramenant des potions étranges dans son antre. Je dois dire que la vision de ma cousine, en maillot de corps parce qu’il faisait chaud, s’enquillant au goulot de larges lampées de vin artisanal restera gravé dans ma mémoire. « Goûte, goûte », m’a-t-elle intimé. J’ai obéi, autant par curiosité scientifique que parce que je n’ose pas la contrarier. Mon foie, qui en a vu d’autres, s’est quand même demandé pourquoi je me mettais à boire du vinaigre rance et amer avec un net retour en bouche totalement infect. Signalant cette erreur en haut lieu, il a passé divers coups de fil et mon cerveau m’a obligée à dire « BERK ! » quand ma cousine m’a demandé si j’aimais. Elle a approuvé ma réaction, a décrété que des voleurs s’étaient introduits chez elle pour lui piquer son BON Frontignan artisanal et j’ai bu un whisky pour faire passer le tout.
D’une manière générale, une petite ivresse est une aide notoire pour évoluer dans le monde de ma cousine. Outre sa personnalité un peu Jekyll and Hyde, son intérieur est, à l’image de sa pensée, légèrement désordonné. En clair, elle sucre grave les fraises et chez elle c’est un vaste foutoir. La cuisine et le salon sont une sorte de vide-grenier où se côtoient meubles style Louis XV, photos d’ancêtres, piles de papiers, livres poussiéreux, TV magazines, Canard enchaîné (le journal, pas le volatile), machins variés en plastique, coussins des chiens, photos de Patrick Roy, cadres avec des citations graveleuses du type almanach Vermot. De temps en temps, son nouveau chien (un minuscule Yorkshire) fait son petit caca sur le tapis. Ma cousine crie alors « Mais regarde ça ! Mais tu me fais chier, pourriture ! Connard ! », attrape une balayette et verse le tout dans la poubelle de la cuisine (des fois, j’ai peur qu’elle y verse le chien tellement il est petit). Un charmant fumet plane au-dessus de tout ça, quelque chose entre le poney-club, l’élevage de Charolais et le zoo mal tenu.

C’est dans ce cadre pittoresque que ma cousine m’accueille avec beaucoup de gentillesse et de prévenance. Le cadre dans lequel elle vit ne fait que refléter sa solitude depuis de longues années… Tout aussi gentiment, elle me fait la cuisine, ce qui m’entraîne dans des expériences assez au-delà du réel. Globalement, la technique de ma cousine consiste à faire revenir des trucs variés dans de l’huile puis à en faire une omelette ou un rata. J’ai ainsi dégusté un genre de ragoût de fèves, des crêpes à l’huile, des pseudo vache qui rit premier prix achetées chez Lidl (où ses voisins lui font les courses), ainsi que sa spécialité, des œufs durs évidés dont le elle mélange le jaune avec de la sardine en boîte (je n’ai pas osé lui dire que je n’aime pas manger du poisson, elle me rappelle déjà suffisamment à quel point c’est absurde de ne pas mettre un petit bout de viande dans les légumes pour leur donner du goût…). Ce qui aurait à mon avis aurait pu être plutôt bon (quoiqu’une hérésie diététique) s’ils n’avaient pas été préparés deux semaines à l’avance à en juger par la petite couverture de l’œuf qui avait croûté et au goût un peu avarié (mais juste un peu). Chez ma cousine, tout réside dans ce délicat équilibre : tout est à la limité de la date de péremption, mais encore consommable… C’est donc sans méfiance particulière que j’ai un jour ouvert le congélateur pour y chercher de la glace. C’est alors que je suis tombée nez à nez avec une mésange surgelée. Pas en boîte : une vraie mésange, avec les petites papattes, le bec, les jolies plumes jaunes. Surgelée. A ses côtés, il y avait une poule. Plumée, celle là. Très calmement, j’ai refermé la porte et j’ai demandé à ma cousine pourquoi il y avait tant de volatiles dans son congélo. Elle a pris un air nettement chafouin de petite fille prise en faute, ce qui vu son âge était assez rigolo à regarder. Elle a d’abord parlé de la poule, ramenée par un voisin et qu’elle avait oublié de cuisiner. Admettons. Quant à la mésange, elle voulait la faire empailler. Comme le merle. Le merle ? Quel merle ? Mais le merle, dans le salon, tu ne l’as pas vu ? Je suis allée regarder et en effet, sur une petite étagère entre deux piles d’assiettes en porcelaine, un dictionnaire de français et une vieille carte de l’Indochine, il y avait un merle à l’œil vitreux figé pour l’éternité sur un morceau de bois. Ma cousine avoua alors que sa chatte lui rapportait fièrement des prises de chasse, et qu’en voyait cette mésange toute jolie, elle n’avait pas eu le cœur de la mettre à la poubelle. Elle comptait donc demander à Monsieur Jenesaisplusqui dans le village qui empaille à ses heures perdues (il y en a bien qui tricotent : lui, il empaille). Je me demande combien de temps on peut garder une mésange dans un congélo ? ça va pas être facile à trouver sur Internet comme info. Peut-être en tapant mésange+congélation+empailler ? J’espère que je ne vais pas tomber sur un site de zoophiles particulièrement dérangés…

Cette présentation de ma cousine serait incomplète si je n’évoquais pas son jardin. 2000 m2 de bonheur, une oasis de sérénité, des notes dissonantes dans une partition bien réglée. Là où ses voisins tondent, cisaillent, taillent, ma cousine laisse faire. Des grands cyprès entourent une joyeuse jungle de figuiers, lilas, micocouliers, pins, petits chênes, amandiers. Au milieu, des iris, des asperges sauvages, un roncier de mûres, toutes sortes de fleurs des champs. Observer la vie dans ce petit paradis est un vrai régal. Les deux chattes chassent les sauterelles. Le vieux chien renifle tranquillement. Oscar, le petit Yorkshire, qu’un jour je vais écrabouiller avec ma semelle s’il persiste à me torturer en léchouillant mes orteils, cavale joyeusement. Des lapins viennent grignoter les feuilles de salade laissées par ma cousine. Dans les arbres, « un orchestre à mille cordes, tous les oiseaux du point du jour chantent l’amour»… Au loin, on aperçoit les douces courbes des Corbières et les contours de la sublime cité de Carcassonne. Harmonieuse volupté… Mais soudain, un cri résonne depuis la maison : « Mélissa ! Viens goûter ça ! J’ai fait un cocktail avec du vin d’orange et de la sangria ! » Malheur… !!!


posted by M�lissa 07:46
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Il y a toujours un soleil quelque part.


Il y aura des soirs d’été chauds où l’on traînera dehors
Des soirs indolents où le soleil tarde à se coucher, laissant des traces incandescentes dans le ciel bleuté
Au lieu d’être une fin le soir sera un début.
Déambulations au milieu de pierres anciennes, de places animées, de fontaines illuminées
Notes de musique allant et venant au gré des cafés, des djembés, des guitares
Au coin d’une rue un rire joyeux, un sourire complice, une œillade séductrice
Dans la montagne le vol solitaire d’un oiseau de proie, le tintement lointain d’une cloche
Face à l’océan rougeoyant tes cheveux pleins de sel et ton sourire de gamin.

Il y aura des matins à peine frais après une nuit étouffante
Un peu de rosée dans l’herbe, les oiseaux virevoltent
L’aube floue s’étire derrière la Dalbade
Le monde s’affaire avant la torpeur
Un dernier baiser avant de t’abandonner.

Il y aura des après-midi immobiles et aveuglants de lumière
Seuls les arbres bruissent majestueusement
Une île grecque, blanche aux volets bleus
Une calanque méditerranéenne, eaux claires et falaises calcaires
Un étang de montagne, pieds échauffés dans l’eau glacée
Une bastide tarnaise, brique brûlante et accent qui chante à l’ombre du café
En vélo sur le canal du Midi
En canoë sur l’Aveyron
En plongeant à la Tamarissière
En brûlant en Camargue
En voilier l’éternité dans tes bras.






posted by M�lissa 07:22
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mardi, avril 20
Un forum pour le dialogue des cultures



Un Forum Universel des Cultures se tiendra en 2004 à Barcelone afin de permettre à chacun de s'approprier le meilleur de la diversité de notre monde contemporain.



« Par suite de l'accélération rapide des mutations à l'échelle internationale, le monde se trouve dans une situation nouvelle, pleine de promesses, mais, peut-être plus encore, pleine d'incertitudes...es changements géopolitiques que nous avons connus dans la dernière décennie sont allés de pair avec des progrès surprenants dans le domaine de la technologie et des communications. Nous sommes arrivés en définitive à un tel degré d'interaction et d'interdépendance à l'échelle mondiale que cela exerce un impact profond sur notre manière d'interpréter la réalité, sur le regard que nous portons sur nous-même et sur les autres.

Même si la mondialiation est générlament considérée comme un processus économique, ses effets sur les cultures cont probablement bien au-delà. L'accroissement des interactions a provoqué une formtion culturelle en de nombreux points du monde. Les modes, les habitudes culinaires, les goûts en nature de musique ou de films, en encore des aspects comme l'attitude vis-à-vis de la sexualité sont toujours plus homogènes dans le monde entier.

En même temps, cette mondialisation de la culture a stimulé une forte tendance à la protection des spécificités locales. C'est là une forme de résitance qui est particulièrement bine illustrée par les revendications formulées par les minorités en défense de leur langue et de leur identité culturelle.

Beaucoup voient ces deux tendances -vers une uniformisation culturelle croissante et la fragmentation de l'autre - comme une contradiction qui a été prétexte à bien des débats, car c'est une source potentielle de conflit entre les cultures.

Le Forum Universel des Cultures veut contribuer à empêcher ce conflit en favorisant un dialogue entre les cultures qui permettra de prendre de meilleur de chacune de ces tendances. Il entend donner au monde l'occasion d'explorer et de célébrer la diversité humaine en tant que source de créativité et ainsi mettre en lumière les immenses possibilités offertes par la diversité culturelle pour voir le monde de différentes manières. »

Jean Lamotte, vice président de la FFCU (Fédération française des Clubs Unesco)



Tous en Méditerranée cet été !



A part les Jeux Olympiques qui se dérouleront à Athènes au mois d'août, Barcelone sera le témoin pendant l'été d'une série remarquable d'événements connu collectivement sous le nom du Forum Universel des Cultures ou Forum 2004. Il s’agit de la « première du genre ».

Ce programme, qui s'étend sur 141 jours, inclut à un festival majeur des arts, une série de congrès et de dialogues sur des questions mondiales, 24 expositions, le Parlement des Religions, un Festival de la Jeunesse, et la célèbre Tall Ships Race. Le Forum s'ouvre au mois de mai et termine en septembre. Entre 3,5 et 4 millions de visiteurs sont attendus. En accord avec l'UNESCO, le Forum sera structuré autour de 3 thèmes majeurs :

- la diversité culturelle

- le développement durable

- les conditions pour la paix



Les contenus du Forum sont déclinés à travers des événements adaptés aux différents publics. Les conférences, expositions et installations interactives, les spectacles et expériences multiculturelles visent une permanente interaction entre le public et les artistes, intellectuels, dirigeants politiques, scientifiques, économistes et experts dans la protection de l’environnement venant de toutes les régions.

L’UNESCO organise dans ce cadre, du 6 au 8 septembre 2004, une conférence interdisciplinaire intitulée « Nouvelles ignorances - nouvelles alphabétisations » autour des thèmes de l’ignorance de la diversité, l’ignorance de l’autre, l’ignorance du futur et l’ignorance de l’éthique. La conférence sera précédée par une table ronde de haut niveau avec la participation de chefs d’État et de ministres.





www.barcelona2004.org





posted by M�lissa 02:42
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vendredi, avril 16
Mardi :
Accueil de la charmante stagiaire (prononcer des phrases ampoulées comme celles de la plaquette pour expliquer notre activité, ne pas savoir répondre à la moitié de ses questions mais prendre un air assuré en répondant des trucs au hasard, proposer gentiment du café) : 2h
Papotage avec Bahija (la PNL, la posture du formateur) : 1h
Ouverture et enregistrement du courrier : 10 mn
Lecture de la Dépêche : 10 mn ("La femme du bébé dans la machine à laver est toujours en liberté" : et alors? Ils croient qu'elle va sauter sur tous les bébés qu'elle voit pour les balancer dans des machines à laver?)
Surf sur Internet : 1h (la ville de Barcelone s'est déclarée anti-corrida. Plusieurs sites d'activisme contre la vivisection et les corridas dont un Toulousain contre la corrida de Fenouillet. Site sympa sur le Canal du Midi à vélo et à roller)
Papotage avec Bahija sur la date opportune pour faire une balade à roller : 20 mn
Déjeuner (ouf! c'est que ça creuse toutes ces activités!) : 1h (Flunch avec Bahija. L'offre de légumes est aussi palpitante que la place de la mairie de Saint-Girons un soir de pluie en hiver (si, des fois il y a un corbeau qui passe avec un cri sinistre). Nous nous contentons de navets aqueux, de frites mollasses et de flageolets prometteurs d'une après-midi animée pour nos intestins (au moins eux, ils s'amuseront)).
BPS global : 1h (accueil, tamponnage varié de reçus, rangement de fiches qu'on range dans des classeurs qu'on range dans des casiers qu'on archivera ensuite ah mon Dieu laissez moi sortir!)
Tri des mails : 30 mn (dont 90% constitués d'invitations à perdre du poids, avoir un plus gros pénis, avoir l'air plus jeune, être plus riche, et regarder des jeunes filles faire des trucs scabreux avec des chevaux)
Lecture des lettres d'information et newsletters intéressantes : 1h (article très intéressant et émouvant d'une aide-soignante auprès de personnes âgées sur Social Annonces).
Ecriture d'un texte sur les disparitions de femmes au Mexique et appel à signer une pétition pour Amnesty International : 1h
Combat sans merci avec la machine à affranchir : 15 mn (aide salvatrice de Bahija et commentaires acides sur les paradoxes administratifs français : d'un côté on on vous file un ordinateur surpuissant avec des mégas et des Pentium dans tous les coins, de l'autre il faut se cochonner les doigts avec une machine fantasque et malpratique).
Pauses pipi, répondre au téléphone, ingestion d'un biscuit au sésame généreusement offert par Bahija, rêvasseries variées : le reste du temps.

Mercredi :
Lecture du courrier : 2h (concept curieux de l"empowerment" à la française dans la Lettre par l'insertion économique. C'est affreux : avant je ne comprenais même pas de quoi ils parlaient dans ces publications, maintenant non seulement cela renvoie à des notions que j'ai intégrées mais en plus je trouve cela intéressant! Il faut vite que j'aille planter des courges à Aleu avant de moi aussi "mettre en place des démarches d'accompagnement en prenant en compte les acquis de chacun afin de les revaloriser et de faire naître une dynamique d'échange et de partage"!!)
Discussion animée avec Bahija suite à l'émission de la veille sur Arte : 30 mn (les "complots", les journalistes qui font mal leur boulot et les animateurs télés qui se prennent pour des journalistes, ce qui aboutit au même résultat : des infos dont les gens doutent, une perte de crédibilité qui porte à tout remettre en cause, y compris des événements comme les attentats du 11 septembre, pour la plus grande joie de gens mal intentionnés qui en profitent pour faire remarquer que finalement, l'Holocauste, on a pas vraiment de preuves).
Papotage avec Anne sur le canyoning : 30 mn (je m'imagine déjà cet été, plaquée sur une paroi rocheuse, terrifiée, regardant passer une gigantesque lame de fond emportant les corps de randonneurs imprudents dans la Sierra de Guara! Faut que je prenne mon appareil photo, ça va faire vendre de la Dépêche ça, coco!)
Courses à Carrefour : 1h (à la caisse, je faix un choix stratégique pour la caisse dite 'de l'encombrement maximum" (un caddie rempli à ras-bord) plutôt que de "la fausse amie" (plusieurs personnes avec peu d'articles : on croit que ça va aller vite mais en fait le temps d'emballer, de farfouiner dans son sac pour payer, de rendre la monnaie etc, le temps passé peut être supérieur). J'ai rarement vu un caddie aussi plein. Sa propriétaire, hilare (au moins une que ça fait marrer d'aller à Carrefour), a notamment acheté au moins 10 kgs de viande (j'adore tirer des observations sociologiques du contenu du caddie des gens). Je lui demande si elle a une famille nombreuse ou si elle travaille dans la restauration. Elle répond en rigolant que non non, ils sont deux mais elle ne fait les courses que tous les mois. On ne m'ôtera jamais de l'idée que c'est quand même plus rigolo de faire le marché et de causer avec les commerçants de son quartier plutôt que de bourrer ses placards de cochonneries en direct des usines de l'agro-alimentaire et de l'élevage en batterie, mais bon...)
Dégustation de fruits frais et de Trianon ramené par Bahija : 30 mn. (notre stagiaire est ainsi officiellement intronisée aux us bpsiens). Discussion exaltée sur les pâtissiers en général et celui de Carrefour en particulier, mérites comparés du Trianon et du Russe (le gâteau, pas l'ex-soviétique).
Relecture des fiches mallette : 1h
Gestion des mails etc (voir mardi) : 1h (il y a des salves thématiques dans le Spam, comme s'il ne s'agissait pas de trucs envoyés au hasard mais venant de la même source pour faire passer un message, selon le principe publicitaire bien connu du matraquage.) Par exemple aujourd'hui c'est les femmes mûres (est-ce que j'ai envie de voir des femmes mûres tromper leur mari avec le plombier, initier des jeunes hommes au sexe, faire des trucs avec des chevaux, c'est curieux cette obsession zoophile pour les équidés tout de même) et le Botox. En plus ce qui est énervant c'est que je suis obligée de lire tout ça pour ne pas effacer les "bons" messages.)
En soirée : film des Monty Python "La vie de Brian" qui tape joyeusement sur tous les croyants. Nous sommes tous des fanatiques en puissance, alors une seule solution : chanter "Always look on the bright side of life" et siffloter gaiement.



Jeudi :
Café convivial autour de Nicole, revenue toute bronzée d'Espagne : 30 mn (discussion touristique sur Barcelone, la Catalogne et les Catalans, l'endroit joli où elle a fait des balades mais dont de n'ai pas retenu le nom. Variations sur la gastronomie catalane, le taux d'humidité au Québec en été, les langages et patois outils des peuples pour préserver leur identité).
Gestion des mails etc (voir jours précédents) : NON, je ne veux pas d'un plus gros pénis, plus large et plus PLEIN (bêêêêrk !)
Surf sur Internet : 1 h (l'association toulousaine Nomade, qui souhaite aider les populations à préserver les médecines traditionnelles dans des régions telles que le Ladakh, au Tibet, organise ce WE et notamment dimanche des animations, informations variées à Arnaud-Bernard.)
Recherche et saisie d'adresses pour envoyer la plaquette : le reste du temps (dans un compte-rendu plus officiel que celui-ci, cela porterait le nom pompeux de "Diffusion et accompagnement de la plaquette". Le problème de vouloir qualifier et quantifier en permanence tout ce qu'on fait, c'est qu'on ne passe plus son temps qu'à faire ça. Je pense que j'ai passé plus de temps en un an à saisir ce que je faisais qu'à le faire réellement. Seulement quand on veut manger des radis, il ne faut pas QUE parler du projet de planter des radis, pourquoi, comment, avec qui, avec quels financements, quelles subventions ("le Fonds Européen de Plantage du Radis - Objectif E-58), et qu'est ce qu'on en fera ensuite (les manger, les vendre, les donner, en faire du jus, des tartes, des biscuits...), faire un budget, un plan en mode projet, une surveillance de la qualité, prendre l'avis de chacun sur chacun de ces points, organiser des réunions dont on fera des comptes-rendus qui seront validés par les différents acteurs. C'est vrai, c'est important de préparer la terre. Mais un beau jour de printemps, IL FAUT PRENDRE UNE BECHE, FAIRE UN TROU ET PLANTER LE RADIS! Et là il poussera, ou pas, on en tirera des leçons, s'il y en a trop et s'ils piquent on en donnera, on verra bien quand on y sera... il est illusoire de vouloir tout calculer, tout prendre en compte : les oiseaux, le temps, une guerre nucléaire ou l'invasion des profanateurs de sépulture : on ne sait pas ce qui peut arriver... Mieux vaut tirer des plans d'actions fondés sur l'observation plutôt que sur des présupposés, des idées... Ainsi pourra-t-on enfin s'asseoir et déguster ce merveilleux petit radis, tout rose et frémissant de rosée, avec un peu de fleur de sel qui croquera sous la dent. Boudu con.)
Jeudi après-midi, sous un soleil rayonnant qui contraste avec les bourrasques et la pluie d'aujourd'hui, j'ai croisé Pierre-Emmanuel qui vélotait mal rasé sur le canal du Midi puis rejoint une copine(Ariégeoise et historienne, une jeune fille très bien) qui adore se fabriquer des bijoux. Nous avons donc écumé les boutiques de perles toulousaines (c'est à dire deux) avant de siroter un thé place St Georges. Enthousiasmées par le cheese-cake que nous avons dégusté, nous avons décidé de faire le même. Nous avons ainsi passé le reste de l'après-midi et de la soirée à chercher la recette dans des bouquins et sur Internet, à faire un mix de toutes les recommandations pour créer Notre Cheesecake, qui était assez curieux. Je pense personnellement que les 125 g de beurre EN PLUS des biscuits Bastogne écrasés étaient un peu en trop. Je me pose également des questions sur l'incorporation des blancs d'oeufs montés en neige. De toute façon, le cheese caké c'est comme ka croustade : tout le monde a SA recette. Mais je pense que je vais tenter celle avec du tofu à la place du fromage blanc, qui m'avait l'air très étrange...


posted by M�lissa 03:05
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mardi, avril 13
Toulouse aime à affirmer régulièrement son caractère de fille du Sud, au rythme impétueux des clameurs andalouses, accents occitans et tonnerre des batucadas enragées. Il y a quelques semaines se tenait ainsi le Festival annuel du cinéma latino-américain, qui a vu déferler sur la Ville rose des cohortes hispanophones venues assister à la très riche programmation (plus de cent films et courts-métrages), écouter de la salsa caliente devant la cinémathèque en dégustant joyeusement punch, cerveza et une tortilla aux petits oignons à fondre de plaisir, reconnaissables à leurs yeux pochés mais heureux de festivaliers ayant passé une semaine à errer des salles obscures de l’ABC et du Cratère à l’ambiance torride du Puerto Habana. Me glissant avec délices dans cette ambiance muy feliz, j’ai vu successivement un film urugayen (qui a mis moins de trois minutes à me plonger dans un sommeil extrêmement profond) et deux films de fiction argentins qui donnaient un éclairage intéressant sur cette société où les économies de toute une vie peuvent s’envoler en fumée d’un jour à l’autre (du coup les Argentins semblent avoir pas mal d’humour, et un sacré caractère – je l’avais déjà remarqué au cours de discussions avec Pablo Valtierra, à qui j’ai loué jadis à prix d’or un appartement minable porte Didot et qui me contait le pays de la pampa et son projet de croisières-tango d’une moustache frémissante).

Mais le film qui m’a bouleversée est celui qui a remporté le prix Signis du documentaire, Senorita Extraviada de Lourdes Portillo. Il a pour sujets les viols et meurtres non résolus de plusieurs centaines de femmes à Ciudad Juarez, au Mexique, depuis 10 ans. Ces femmes sont employées par les maquiladas, des sociétés sous-traitantes de grosses boîtes américaines qui font de l’assemblage et exploitent pour cela la main d’œuvre pauvre et docile du Mexique. Des centaines de travailleuses (ce sont principalement des femmes, souvent très jeunes) se sont ainsi installées dans des baraquements autour de cette ville située de l’autre côté d’El Paso, au Texas. Leurs conditions de travail sont très pénibles : travail à la chaîne, salaires plancher, gros volumes horaires… Mais le pire, c’est que ça irait si ce n’était que ça, on serait juste dans l’exploitation sans vergogne des riches par les pauvres : rien ne change sous le soleil. Le pire, c’est plus de 300 femmes qui ont « disparu » de Ciudad Juarez. Régulièrement, on découvre des cadavres dans le désert à côté de la ville. Quand les corps ne sont pas putréfiés, on peut constater que les victimes ont été violées et mutilées avant d’être tuées. Depuis 10 ans, l’incapacité des autorités à résoudre ces meurtres fait craindre le pire quant au degré d’implication des autorités locales et nationales, des policiers au plus haut niveau de l’Etat mexicain (le président Vicente Fox serait très copain avec des hommes d’affaires liés à ces meurtres selon agence de presse américaine). Si on ajoute les soupçons qui pèsent sur des parrains de la drogue au Mexique et aux Etats-Unis, on obtient un scandale sordide et révoltant dans lequel des femmes sont exploitées, souillées, terrorisées et tuées, des familles brisées qui ne peuvent pas faire leur travail de deuil (on a pas retrouvé tous les corps, mais il est peu probable que les jeunes filles aient « fui avec leur petit ami », comme l’a suggéré un procureur mexcicain…) Ce sont les parents, les mères aux lèvres serrées et au regard lointain, hébétées par le chagrin, qui poussent l’enquête à avancer.

Que faire ? Comme je crois au pouvoir des mots, j’invite très vivement tous ceux qui lisent ces mots à se rendre sur le site d’Amnesty International pour envoyer une cyber-pétition à l’Etat mexicain, et à la faire passer autour de vous. Le silence est la première arme des bourreaux. Parce qu’à cet instant, chacun de nous sait qu’il ne peut plus faire comme s’il ne savait pas. La résistance est un combat de tous les instants.

http://www.amnesty.asso.fr/



posted by M�lissa 08:23
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